vendredi 12 octobre 2012

Egalité ? Quelle égalité ?


La Quinzaine pour l’égalité femmes-hommes organisée par la région Rhône-Alpes vient de démarrer. Au menu : une centaine d’événements dans tous les départements pour évoquer la question de l’égalité entre les sexes sous l’angle du droit, du travail, du sport, de l’éducation, de la culture, etc.
On ne peut que se féliciter qu’une instance politique comme la région s’intéresse à ce thème et le rende visible à travers toute une campagne d’information (affiches, site, conférences). Une telle initiative incite associations, MJC, Bibliothèques, compagnies de théâtre à se mobiliser sur la question. Elle contribue à légitimer et à faire connaître au public (en plus de subventionner) certaines actions menées déjà depuis longtemps.
Cette année par exemple, le Planning Familial du Rhône a ainsi pu trouver le financement pour un projet avec la compagnie Les Désaxés : une série de saynètes sur le sexisme, la notion de consentement, les rapports entre filles et garçons, ont été présentées aux élèves de deux Maisons Familiales Rurales de l’ouest lyonnais. Les représentations se sont suivies d’un débat avec des intervenantes du Planning Familial, une manière de diversifier notre approche de l’éducation à la sexualité.
On pourra aussi relever dans le programme :
-  Des actions de sensibilisation auprès des enfants menées par Filactions à la bibliothèque du 3ème,
-  Une table-ronde autour de l’autodéfense féministe organisée par l’association Autodéfense et Autonomie,
-   Plusieurs créations d’artistes, de compagnies  connues pour leur implication autour de ces thèmes : Cie Les Montures du temps, Cie Anda Jaleo, Le Théâtre du Grabuge…
Tout ça c’est bien joli, mais c’est pas pour chipoter, il y a quand même dans ce programme quelques choix qui nous interrogent  voire même nous énervent fortement.
Ainsi le "féminisme" chic du magazine ELLE mérite-t-il une place dans une telle manifestation ? Je pense qu’on peut être lectrice de magazine féminin et se reconnaître dans les combats féministes, mais de là à faire du journal le « partenaire », c’est-à-dire sponsor de la quinzaine, c’est oublier que pour une page « société » vaguement égalitaire, sont diffusés des centaines de  messages normatifs sur le corps des femmes, et des pages entières de pubs plus ou moins déguisées pour les produits beauté/minceur/anti-âge des grandes marques.
Ensuite, quand on voit comme invité pour le « Grand Débat » (avec Laure Adler), le pédiatre médiatique Aldo Naouri dont les positions sur le retour de l’autorité paternelle, la « toute-puissance » des femmes, et les risques d’une indifférenciation des rôles sexuels sont bien connues et complaisamment diffusées, on peut se demander si l’on assiste pas à la montée d’un "féminisme" masochiste.
Et enfin quand on apprend que la région finance dans le cadre de la quinzaine (mais sans que cela n’apparaisse dans le programme ??!) une conférence menée par une association masculiniste notoire, les bras nous en tombent (BLAM !). Certes, selon une tactique bien éprouvée, l’association GES (Groupe d’Etudes sur les Sexismes) n’avance pas frontalement, et choisit comme thème de débat « Les ¨ hommes battus¨, qui sont-ils ? Comment les aider ? ». Ben oui, personne ne souhaite que les hommes soient battus, et puis c’est vrai qu’on parle plus des femmes victimes de violence, c’est louche non comment elles ramènent la couverture à elles : et que je me plains de ne pas trouver de centre d’hébergement, et que la police n’a pas voulu prendre ma plainte, et que la procédure d’éloignement du conjoint n’est quasiment jamais appliquée…  
Je n’ose croire que les organisatrices de cette quinzaine aient pu avoir ce raisonnement d’une naïveté confondante, alors que ce genre de débat constitue pour les associations masculinistes une porte d’entrée classique pour parler du « sexisme à rebours » de notre société occidentale gagnée par un féminisme dominant, où les hommes aujourd’hui sont de pauvres choses brimées et discriminées (on rigole mais c’est quasiment mot pour mot ce qu’on trouve sur leur site).
A moins qu’il ne s’agisse d’un véritable positionnement. Si l’on revient à l’intitulé de cette manifestation : le terme d’égalité permet de créer du consensus, d’éviter de trop politiser la question, de ne surtout pas être étiqueté comme féministe. Mais à gommer ainsi le caractère politique du féminisme, on oublie qu’on parle d’un rapport social de domination, d’une hiérarchie entre les sexes, d'une dissymétrie où les termes femme et homme ne sont pas interchangeables. A ne pas définir ce qu’on entend par « égalité », on se retrouve avec de multiples visions de l’égalité, dont certaines carrément anti-féministes.

Même si l’on est d’accord qu’il y a plusieurs courants dans le féminisme et que cette diversité contribue à la richesse des débats, il faut quand même poser des limites au n’importe quoi ! Le Planning 69 en tout cas va interpeller la Région sur son soutien au mouvement masculiniste.
                Antoinette FonK

Sur la question du masculinisme, une première approche synthétique et une bibliographie sur :
http://rebellyon.info/Attention-danger-Masculinisme.html