mercredi 20 février 2013

La belle histoire du « papa-grue »





Un papa, c’est attendrissant. 

Un papa privé de ses gosses, c’est triste, on s’identifie. 

Et s’il en vient à se percher sur une grue, c’est qu’il doit vraiment être désespéré !

Tel est le beau feuilleton qu’on nous a servi ces derniers jours à longueur d’antennes. Alors forcément, nous, féministes averties/paranoïaques qui voient le mal partout, on a tout de suite senti que c’était louche, cette histoire. Et au fil des jours, voilà qu’on a bien voulu nous livrer quelques éléments nouveaux : 
 - ce père « privé du droit de garde » s’est vu, en réalité, retirer son droit de visite, ce qui est réservé à des situations extrêmes, ici deux soustractions d’enfant, des menaces sur la mère et des violences sur le beau-père.
- au-delà de son cas personnel, il tient une tribune contre un système qui donnerait toujours l’avantage aux femmes dans les séparations.
- et même, quel hasard !, il se trouve que, dans la même ville se tenait  une réunion d’associations « de défense des droits des pères » (soit le mouvement masculiniste).

Que peut-on en conclure ? Qu’une nouvelle fois, une formule toute simple a fait preuve d’efficacité :

    Evénement sensationnel (Et s’il sautait ! Quel frisson !)
 + Appel à l’identification et à la compassion (le mot « papa » repris sans aucun recul critique)
 + Absence de toute enquête journalistique
 = Opération de com’ gagnante pour le mouvement masculiniste

On retrouve ici la stratégie politique déjà éprouvée dans différents pays par ce mouvement qui avance toujours masqué. Sous l’apparence de l’initiative spontanée d’un papa désespéré, cette opération calculée vise à promouvoir les thèses du mouvement.

Alors on peut se lamenter sur l’incompétence ou le cynisme des journalistes, mais, plus profondément, je pense que si cette opération a si bien marché, si elle a si bien été relayée, c’est parce que le discours « les femmes ont pris le pouvoir », « les hommes sont privés de leurs enfants », est largement partagé.

Et quand la ministre de la Justice finit par recevoir les associations masculinistes, on se dit que la stratégie de com’ a décidément bien marché !

A lire en complément :
- un article de Patrick Jean (auteur du documentaire La domination masculine) sur Le Monde.fr, qui revient sur le parcours des deux hommes qui ont participé à l’opération, et présente les projets de loi défendus par les masculinistes.
- un communiqué de presse du CNDF (Collectif national pour les Droits des Femmes.
- une présentation générale de ces mouvements et un contre-argumentaire : c’est sur notre blog « l’article un peu de fond sur le masculinisme ».



                                                                                             Antoinette FonK