mardi 5 juin 2012

Plan cul ou Grand Amour?


Non, non, ce n’est pas encore un de nos posts trash, mais un très sérieux post d'histoire! Comme promis, voici le texte d'une partie de l'expo de notre dernier bar féministe (dont la renommée n'est plus à faire...)

 
      Féminismes et lesbianismes : 
plan cul ou grand amour ?
Historique des liens entre les mouvements depuis les années 1970 ...


«  Nous, femmes, nous ne nous occuperons pas d’aider le despotisme à changer de mains, ce que nous voulons, ce n’est pas déplacer, c’est tuer le privilège. » dit Hubertine Auclert en 1879. Le militantisme féminisme n'a donc pas commencé avec le MLF et les années 1970. Mais comme on est sympa, on a résumé depuis ce moment-là. De même, on a un peu fait des coupures à la hache, voire à la tronçonneuse, et quand on dit « lesbiennes » ou « féministes », il faut bien lire le pluriel, la multiplicité des situations et des positions, et ce panneau est loin d'être exhaustif... !



La rencontre : les années 1970
Ah les années 1970... On parle de révolution, de subversion, on brûle les soutifs, on lance des pavés, bref on ne pense pas seulement « égalité des droits » !




 Il s'agit aussi de visibiliser les femmes dans tous les espaces : le 26 août 1970, le MLF pose sous l'Arc de Triomphe une gerbe à la femme inconnue du soldat inconnu...  Parmi elles, la gouinerie est largement représentée.


 Il faut que les mouvements féministes se battent pour une sexualité libre (légalisation de l'IVG, de la contraception), déconnectée de la reproduction. On en vient vite à une critique radicale de la norme sexuelle dominante. Du coup les gouines, qui ont enfin voix au chapitre, rappliquent ! L'idylle se renforce avec les premières parutions : Le Torchon brûle montre en couverture une bulle « Et puis merde ! J'aime les femmes »
Dans la même optique de contestation radicale, le FHAR (Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire), organisation homosexuelle mixte, se constitue en envahissant une émission populaire de radio au thème « l'homosexualité, ce douloureux problème ». Au sein du MLF, les bi et les lesbiennes pourtant nombreuses commencent à s'interroger : « à chaque fois que vous dites « nos mecs », une lesbienne la boucle ». Fondées en 1972, les gouines rouges sont tentées par l'autonomie... mais restent indubitablement féministes ! Gouines et féministes, un couple fidèle ?


Je t'aime … moi non plus. Les affres de la passion : les années 1980



Et oui mais la fidélité, c'est compliqué. Les années 1980 sont marquées par l'essor du mouvement lesbien (constitution d'archives lesbiennes, journaux, revues comme Lesbia). Les gouines ont quitté le FHAR, ras-le-bol de la domination masculine, excédées par les comportements phallocrates de certains pédés. En 1982, l'homosexualité est dépénalisée et sort de la liste des « fléaux sociaux ». Youpi, les lesbiennes féministes sont des hystériques lambda ! Les positionnements sont multiples : des lesbiennes qui ne sont pas féministes, d'autres qui se définissent comme féministes et d'autres qui pensent que seules les lesbiennes remettent véritablement en cause le patriarcat (puisqu'elles ne couchent pas avec l'ennemi) et sont donc féministes. C'est le cas du groupe des lesbiennes de Jussieu et de leur slogan « hétéros collabos », visant directement les femmes hétérosexuelles féministes. Audre Lorde explique « on ne détruit pas la maison du maître avec les outils du maître ». Monique Wittig explique que « les lesbiennes ne sont pas des femmes » : pour elle, les femmes sont une catégorie sociale d'individues sous la dépendance affective et économique des hommes et donc les lesbiennes y échapperaient !
Holy Monique

 


 Parmi les féministes lesbiennes, certaines deviennent alors... lesbiennes féministes ! Pendant ce temps, sur la planète Hétéroland, les féministes hétérosexuelles, qui continuent de se battre, sont partagées entre interrogations sur leurs propres pratiques militantes et le rejet total du mouvement lesbien. Sans compter celles qui ne pensent plus à la révolution sexuelle mais qui militent pour une simple égalité des droits au sein du système... « Et bien si c'est comme ça, j'm'casse » !


Vivons heureuses, restons séparées : les années 1990

1988, Toulouse. On retrouve les lesbiennes féministes dans leurs espaces spécifiques comme le Bagdam Café. Plus besoin de brûler les soutifs (késaco ces trucs de grands mères?), on veut du cinéma, une coordination nationale, des bars, des maisons d'édition...

 Toutes seules, sans les féministes hétérosexuelles, na ! Même voire sans féminisme du tout d'ailleurs !! Pourtant, certaines féministes (matérialistes par exemple [autre panneau de l'expo dans un prochain post]) essayent de continuer à inclure des problématiques lesbiennes... sans forcément toujours y parvenir, ou timidement. Mais le cœur n'y est plus. Les lesbiennes se mobilisent sur d'autres questions (lesbiennes racisées, lesbiennes âgées...) comme un groupe social autonome avec sa propre analyse de la société, sa propre grille de lecture des rapports sociaux.

Les lesbiennes s'allient aussi aux pédés pour faire reculer le SIDA (on ne compte pas les gouines dans les happenings d'Act UpParis !). Elles revendiquent aussi plus de visibilité, montent des associations, des collectifs pour poser le constat : les gouines n'ont pas l'air d'exister dans la littérature, la musique ou à la télé !! Peu à peu, quelques lesbiennes font leur apparition dans des séries et dans quelques films mais n'échappent pas toujours aux clichés un peu dégueu... Des alliances « LGBT » se montent pour inclure dans une même lutte Lesbiennes, Gays, Bi et Trans, avec des hauts et des bas, de l'entraide mais aussi des conflits car le G de LGBT a parfois tendance à prendre toute la place...

« Je ne peux pas vivre sans toi... »

Mais je t'ai toujours aimée !! Les années 2000

Fortes de leurs séparations longues et douloureuses, féministes et lesbiennes se revoient pour mieux se retrouver ! Tout n'est pas rose. Comment expliquer à une féministe qui se bat pour l'égalité salariale que d'autres se battent pour ne pas être définies comme « femmes »...?



L'émergence politique de la question des trans-identités, de l'assignation arbitraire à un sexe à la naissance est à la fois l'enjeu de discussions et le fondement de nouvelles alliances, pour encore et toujours pouvoir librement disposer de nos corps, de nos esprits, et dézinguer ces normes hétéro-patriarcales qui nous enferment. Le renouvellement des générations militantes fait tomber certains tabous de part et d'autres.

Le féminisme historique reste un point de référence, reconnu comme un combat crucial : accès à la contraception, IVG (qui peut aussi concerner les gouines, les bissexuelles...) pour ne citer que quelques exemples. Les enjeux de souffrances sociales, de reconnaissance, de précarité ont montré la nécessité de se fédérer pour être plus fortes et plus nombreuses face au patriarcat capitaliste.



Les thématiques autour de la santé sexuelle des femmes, hétéro, bi, lesbiennes et trans, ont également rapproché ces différentes communautés. Des pratiques de non-mixité, issues à la fois du mouvement lesbien autonome et du mouvement féministe, permettent à toutes de se retrouver (Ladyfest, marches de nuit, blogs, collectifs...). Femmes et lesbiennes font les mêmes stages d'autodéfense, militent côte à côte et teufent ensemble !!







« Un jour elles se marièrent et eurent beaucoup d'enfants... ! OU PAS!!! »