mercredi 28 août 2013

Quand l'Hôpital est en vacances ...




Si, à Lyon, on a pu constater cette année un effort particulier des institutions et des établissements pratiquant des IVG pour maintenir une bonne offre de soins pendant l’été (concertation des hôpitaux, procédure d’alerte de l’ARS en cas de difficulté, répondeur commun aux hôpitaux publics pour les annulations de rendez-vous…), ce n’est pas le cas partout, et la région Ile de France, qui a connu de nombreuses fermetures de centres ces dernières années, est un territoire sinistré en matière d’accès à l’IVG − toute l’année et encore plus pendant l’été.
Le Planning Familial Ile de France a diffusé le 14 août dernier un communiqué de presse pour dénoncer cette situation. Le voici :


Avorter cet été en Ile-de-France : un acte héroïque !  

Les femmes qui désirent avorter cet été sont touchées de plein fouet par la dégradation de l'hôpital public.
Cet été, il est quasi impossible d’obtenir un rendez-vous d’échographie : hôpitaux fermés ou débordés, cabinets privés fermés pour l’été ou avec de forts dépassements d’honoraires. Les hôpitaux devraient répondre aux demandes d’IVG et actes afférents (échographie, groupe sanguin) des femmes… ce qui est déjà difficile pendant l’année.
Par manque de place et de personnel dédié, certaines femmes se trouvent dans des délais trop longs pour pouvoir faire le choix de leur avortement (médicamenteux ou chirurgical) et nombreuses sont celles qui, baladées de services fermés en services fermés, se trouvent hors des délais légaux et donc contraintes d’avorter en Hollande.

- Que dire de cette femme qui vit à Chelles, travaille à Ivry, obtient un premier rendez-vous à Maisons-Alfort pour finalement faire son avortement à Saint-Denis ?
- Que dire aussi de cette femme qui appelle 20 établissements de santé pour finalement obtenir une place dans une clinique privée, à l'autre bout de la région ?

La loi n’est pas respectée et les fréquentes alertes que nous lançons auprès des pouvoirs publics, été comme hiver, ne sont pas entendues.
Malgré notre état des lieux transmis à l'Agence Régionale de Santé (ARS) rien ne change et nous ne pouvons toujours pas avorter dans de bonnes conditions en Ile-de-France.

Les restructurations hospitalières, conséquence de l’application de la loi HPST (Hôpital, Patient, Santé, Territoire) de 2009 n’ont fait qu’aggraver la situation déjà critique de l’hôpital public et donc des centres IVG. Une fois de plus, nous exigeons l’abrogation de la loi HPST.

Le Planning Familial d’Ile-de-France exige que le droit à l’avortement soit une réalité et que les hôpitaux aient les moyens tout au long de l'année d’appliquer la loi.

vendredi 23 août 2013

Le scandale du rond-point essentialiste !




Après la lecture de cet article, vous ne regarderez jamais plus les ronds-points avec la même indifférence !

Encore un bel exemple de sexisme au quotidien :


Cette photo vous montre un banal rond-point de village (Chateauneuf-de-Galaure, dans la Drôme très précisément), le genre de construction qu’on voit sans regarder vraiment, genre je suis passée 100 fois devant sans le remarquer. Et voilà que je tombe sur la plaque explicative du rond-point, de la sculpture plus exactement. En un langage vaguement art-contemporain, l’artiste nous explique le concept de son œuvre. Extraits choisis :
« Une femme, un homme, au plus simple de leur constitution, non face à face mais côte à côte, regardant dans la même direction […] deux univers, en suspens, l’un complétant l’autre, à la fois immobiles et en tension »


Du coup après cet éloge de la complémentarité homme-femme, je regarde de plus près l’œuvre en question, et je ne sais pas si vous voyez comme moi :

La plus petite silhouette, avec le gros galet au milieu, c’est visiblement « La Femme ». Elle se résume à son gros ventre (je suppose qu’il ne s’agit pas d’un hymne à la surcharge pondérale, mais bien d’une ode à la maternité, à la femme qui porte l’Humanité, etc…) 






De son côté, « l’Homme » se distingue par la présence notable d’un cerveau (et du coup on rejette un œil à l’autre silhouette : c’est bien ça, elle n’a pas de galet dans la tête !). En plus du cerveau, l’Homme possède plusieurs autres galets, dont on ne devine pas forcément la signification (peut-être la complexité du rapport au monde), si ce n’est que leur disposition sur une ligne dynamique s’oppose au côté statique, comme figé dans l’éternité, de la silhouette féminine.




Bref, l’auteur a bien réussi à transmettre son message essentialiste (pour qui s’intéresse aux ronds-points en tout cas).
D’où le titre de l’article.
Bon, je ne sais pas si je dois le préciser, mais le titre indigné et un peu sensationnaliste, c’est pour rigoler. Pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté : nous précisons que Super Féministe ne va pas lancer une croisade contre les ronds-points… vu qu’il y a des combats un peu plus urgents à mener.

Post Scriptum : Et si, emportée par mon côté féministe paranoïaque, je n’avais pas fait un contresens dans l’interprétation de l’œuvre ? Et si les sexes des silhouettes étaient inversés ? L’homme serait la petite silhouette sans cerveau. Son galet ventral serait un gros bide symbole… du gros bide, ou alors d’une manière métaphorique de l’appétit de puissance… ou alors une cirrhose du foie. La femme aurait un cerveau et plein d’autres galets dont nous renoncerons à établir la signification. Cette interprétation serait-elle moins essentialiste ? Pas sûr… Le débat est ouvert.

Antoinette FonK

mercredi 14 août 2013

Préférence nationale dans les maternités lyonnaises ?






Blogueuse-eur assidu-e de ce blog, parce qu’il faut savoir vivre dangereusement voici une occasion de te plonger dans la peau d’une femme enceinte… Mais si tu ne parviens pas à franchir cette épreuve, la suite de l’article t’est quand même accessible. 



En France lorsque tu te retrouves enceinte, le système de santé et les recommandations sanitaires prévoient que tu consultes tous les mois un soignant de ton choix (médecin généraliste, gynécologue, sage-femme) du 3ème au 6ème mois de ta grossesse, puis un soignant de la maternité (obstétricien-ne, sage-femme) du 6ème mois jusqu’à l’accouchement, 9 mois étant la durée maximum recommandée de vie in-utero pour un être humain. Les quatre premières visites médicales consistent à t’écouter parler de tes problèmes de femme enceinte, à te faire un examen clinique, à te rassurer, te conseiller et t’orienter si tu es complètement perdue. Les trois dernières visites à la maternité visent en plus à te préparer à l’accouchement, moment d’extase ou d’horreur selon les témoignages. Quand tout va bien, c’est très simple.
Mais si jamais tu rencontres un problème grave pendant ta grossesse comme du diabète, de l’hypertension, de la dépression, des infections, alors il vaut mieux avoir recours à un suivi en maternité depuis le début pour éviter de perdre la vie et essayer d’atteindre le nombre de mois nécessaires pour que ton fœtus soit viable et qu’il ait le moins de soucis de santé possible plus tard. Là déjà tu comprends que ta vie peut se compliquer sur du très long terme… 


Alors maintenant que tu es une femme enceinte, essaie d’imaginer que tu viens d’arriver en France...  Tu le sais peut-être mais actuellement 51% des immigré-e-s en France sont des femmes (1).
Tu deviens une femme enceinte étrangère… Ta vie se révèle encore plus dangereuse. En 2010, des chercheurs de l’Inserm observaient que « le taux (de mortalité maternelle) pour les femmes de nationalité étrangère autre que celles de l’Europe ou du Maghreb est 2 à 3 fois plus élevé que celui des Françaises. […] Les femmes d’Afrique subsaharienne présentent des caractéristiques sociodémographiques défavorables, une surveillance prénatale limitée en dépit de leurs pathologies, un taux de césariennes élevé et des risques de mortinatalité, de prématurité et d’hypotrophie plus élevés que ceux des femmes françaises.» (2)

Malgré cela, il semble que les choix politiques actuels ne réduisent nullement ce danger. En juin 2013, la PASS de Lyon (Permanence d’accès aux soins), l’ARS (Agence Régionale de Santé) et le Réseau Aurore (réseau périnatalité Rhône-Alpes) ont présenté un rapport sur les femmes enceintes étrangères. 

La PASS pour les nul-le-s c’est un service médico-social à l‘intérieur de l’hôpital, financé pour ouvrir le droit à la santé des étranger-ère-s en France (l’Aide Médicale d’Etat dite AME) et pour assurer des consultations de médecine générale gratuites en attendant le retour de l’attestation d’AME, ce qui prend environ 2 mois à la sécurité sociale.
NB : Les étranger-e-s ont droit à l’AME à partir du moment où cela fait 3 mois qu’ils-elles sont en France, ou immédiatement en cas d’urgence comme l’IVG, le traitement du VIH et de la tuberculose, et… le suivi de la grossesse à partir du 6ème mois. Si une personne a fait une demande d’ouverture d’AME, les hôpitaux peuvent bloquer la facture des soins reçus par la personne en attendant que la sécurité sociale lui délivre son attestation et prenne en charge les frais de façon rétroactive. Pendant 2 mois cette personne peut donc consulter uniquement à l’hôpital, à la PASS pour la médecine générale, au CDAG pour les dépistages, au CPEF pour la gynécologie. Quand une personne reçoit l’attestation d’AME, elle peut ensuite consulter le/la soignant-e de son choix sans avance de frais. Tou-te-s les soignant-e-s sont en mesure de recevoir les étranger-ère-s bénéficiaires de l’AME mais en pratique, la sécurité sociale remboursant un tarif fixe, les soignant-e-s qui demandent des tarifs supérieurs (dépassements d’honoraire) refusent pour la plupart de recevoir les bénéficiaires de l’AME car ils-elles ne pourront pas payer le supplément.


Donc un mois après ton arrivée à Lyon, tu es allée à la PASS parce que tu commences à avoir mal au ventre et que tu es inquiète pour ta grossesse. Tu as du essayer plusieurs fois parce que chaque jour les dix premières personnes arrivées sont acceptés et environ le même nombre est refusé. Une fois admise, tout s’est bien passé car quelqu’un comprenait ta langue. L’assistante sociale t’a expliqué comment ouvrir ton AME. Le médecin t’a examinée et a constaté que ça allait mais qu’il fallait te reposer. Et finalement l’infirmière commence à chercher par téléphone avec toi une maternité lyonnaise où tu seras suivie et où tu pourras accoucher. Là tu rencontres pour la première fois… la préférence nationale…

- « il faut attendre qu’elle ait son attestation d’AME pour que je l’inscrive » et à la réception de l’attestation 2 mois après « c’est trop tard nos listes sont pleines »,
- « nous n’inscrivons que les femmes qui habitent dans tel quartier »,
- « pour que je l’inscrive, il faut que cette personne parle français ou puisse être accompagnée de quelqu’un qui parle français »,
- « je ne peux l’inscrire que si elle dispose d’un logement stable à sa sortie de la maternité »…

Après le refus de la dernière maternité appelée, l’infirmière t’annonce que tu ne pourras pas être suivie pour la fin de ta grossesse et qu’il faudra te rendre aux urgences pour accoucher…

Depuis le début de cette année presque une femme enceinte étrangère sur quatre vue à la PASS n’a pas pu trouver de place dans une maternité (environ une sur dix l’année dernière). En 2013, aucune des maternités privées/publiques lyonnaises (sauf celle des « Portes du Sud ») n’a accepté d’inscrire une femme enceinte étrangère orientée par la PASS. 

Les réponses données par les maternités indiquent que des femmes françaises même pauvres ne rencontreraient pas le même type de refus. La mise en place d’une sélection des femmes enceintes sur des critères tenant de la préférence nationale pourrait résulter de la politique de réduction du déficit public. A l’hôpital les conséquences de cette politique se font sentir depuis la mise en place par l’ancien gouvernement de droite de la « tarification à l’acte » (T2A) en 2007 et deviennent de pire en pire avec sa poursuite par le gouvernement socialiste actuel. La T2A a modifié et diminué le financement attribué aux hôpitaux. Cette baisse d’entrée d’argent pour l’hôpital se traduit par la réduction du personnel soignant au nombre minimum pour assurer les soins à flux tendu et par la privatisation de tout service à l’hôpital qui n’est pas uniquement du soin comme le ménage, la restauration, la maintenance, etc. 

Cette gestion ne permet pas d’accueillir un nombre plus important de femmes, alors que l’augmentation de la pauvreté amène les femmes à s’orienter plus vers les hôpitaux publics que privés, surtout lorsqu’elles ne peuvent pas payer les dépassements d’honoraire (3). Donc mécaniquement les délais de prise en charge à l’hôpital public s’allongent. Mais pour la grossesse, il existe une dead line ! Alors c’est tout simplement l’absence de prise en charge de certaines femmes qui résout le problème. Il faut sélectionner… Comme il n’existe pas de critères de sélection objectifs qui permettraient de réserver des places prioritaires à celles qui ont le moins de revenus, c’est la préférence nationale qui fait office de critère de sélection « naturel »... Un tir à rectifier ! 




1. Les immigrés en France : en majorité des femmes. Beauchemin C, Borrel C, Régnard C ; Population et Société, juillet-aout 2013. http://www.ined.fr/fichier/t_publication/1648/publi_pdf1_population_societes_2013_502_immigres_femmes.pdf
2. Santé périnatale des femmes étrangères en France. Saurel-Cubizolles M-J, Saucedo M, Drewniak N, Blondel B, Bouvier-Colle M-H ; BEH, 2-3-4 / 17 janvier 2012 ; p30-34. http://www.invs.sante.fr/Publications-et-outils/BEH-Bulletin-epidemiologique-hebdomadaire/Archives/2012/BEH-n-2-3-4-2012



        

                                                                                     Bureau des Affaires Vaginales