vendredi 31 mai 2013

La Vie d'Adèle, elle est bien ancrée dans l'hétéropatriarcat...

La Vie d'Adèle, pas toujours glop.

Dimanche soir à l'annonce du Palmarès du Festival de Cannes, plusieurs journalistes n'ont pas manqué de faire le lien facile entre la Palme d'Or et la manif pour tous les fachos. Évidemment, ce n'était pas trop difficile vu la concordance des dates... A l'annonce du Palmarès, d'abord, joie, ravissement. C'est vrai quoi, ce n'est tous les jours qu'on parle de films lesbiens, de films dont les protagonistes sont des femmes ; des femmes qui en plus n'ont pas besoin d'un homme pour être des personnages dignes d'intérêts. Il est vrai que le cinéma, et celui récompensé à Cannes en particulier, n'a jamais été bien porté sur les femmes, cisgenres ou non. Enfin, apparemment si, mais bon, pas pour faire de l'art, hein. Heureusement que les journalistes étrangers et étrangères font parfois un peu d'investigation hein.

Que le Septième Art, comme les autres d'ailleurs, se fasse le chantre des valeurs « viriles » sans se poser la question des rapports de pouvoir qui y sont liés, ce n'est pas franchement un scoop. Ainsi, on pourra analyser le traitement médiatique et critique d'un Only God Forgives (avec le très mâle, très mutique, très fort Ryan Goslin). Papoter, ce truc de gonzesses. Ryan et ses personnages n'en n'ont pas besoin. Le travail de care émotionnel sera fait par les blondes gentilles, faibles, éternelles victimes, qui figurent à ses côtés. Ah ben oui, sans femme, on pourrait croire que le blond Ryan est une tapette, et ça, c'est pas très vendeur. Et le film est, selon la plupart de ces mâles critiques, extraordinaire. C'est vrai, c'est tellement ori-gi-nal, fort et beau, un homme fort et beau et courageux.




Mais revenons au festival de Cannes 2013.
20 films en compétition, un seul réalisé par une femme, et qui n'a pas été primé. Extraordinaire hasard du crû 2013 ? Naïves, naïfs. En 2012, pas une seule femme parmi les réalisateurs. D'ailleurs, depuis La Leçon de Piano de Jane Campion, aucune Palme d'Or n'a récompensé une réalisatrice. Et quand on entend les discours pléthoriques sur les actrices « ces muses extraordinaires », femmes encore une fois objectivées, on a envie d'envoyer La Mariée de Tarantino en mission contre cette clique de costards et smokings contents d'eux. Concernant la récente palme d'or, ce qui est intéressant n'est pas tant le film en soi, que presque personne n'a vu, que ce que sa promotion et sa couverture médiatique révèlent des fonctionnements sociaux contemporains.

Le battage autour de "La Vie d'Adèle", parce que le film met en scène une histoire lesbienne, adaptation du roman graphique de Julie Maroh Le Bleu est une couleur chaude, aurait pu, de prime abord, m'enthousiasmer. D'abord parce que cela rassure sur le fait que les média dominants peuvent s'intéresser à une mise en scène de personnages féminins forts, qui ne sont pas réduits à des faire-valoir. Mais quand je vois la promo un brin dégueulasse qui est faite autour du film, je suis finalement mal à l'aise et presque aussi dégoûtée qu'en croisant les pull-over bleus et roses. Bien sûr, Kechiche, Exarchopoulos et Seydoux ont laissé entendre ici et là qu'il et elles n'étaient pas du côté de la manif pour tous. Mais l'instance à se laisser tirer le portrait en encadrant le mâle réalisateur, leurs poses un brin lascives ici ou enfin partout quoi, ça rend sceptiques. On ne remet pas trop en question les normes valorisées de féminité, ça pourrait faire peur.



En outre, la fascination répétée à longueurs d'ondes et de lignes des rares critiques à avoir vu le film pour son caractère érotique a quelque chose d'inquiétant... D'abord, j'ai pensé que si les critiques soulignaient en permanence la portée révolutionnaire de ce film pour la représentation sexe à l'écran c'était parce qu'en bons hétérosexistes, ils (et elles, mais surtout ils) ne voulaient pas reconnaître qu'en fait leur connaissance de la sexualité entre femmes était proches de zéro avant la vision de La Vie d'Adèle. Bien sûr, ils ne le reconnaissaient pas, mais au moins, me disais-je, c'était un bon pas vers plus de visibilité. Et puis j'ai lu ça

Ca m'a fait changer d'hypothèse. En fait, c'est juste qu'une fois de plus les femmes et les lesbiennes sont objectivées, traitées comme au zoo. Un zoo où les mâles hétéros viennent se divertir. Sans (pré)juger du film et du résultat, c'est tout de même dingue la propension de ce système capitaliste, hétéropatriarcal et transphobe à tout récupérer.

Au final, le traitement médiatique de la projection du film et le festival de Cannes nous montrent comment, avec un film où les deux personnages principaux sont deux femmes, on parvient tout de même à rester sur une perspective masculine, dans la mise en scène du désir hétérosexuel masculin. D'ailleurs, la remise de la Palme est du même ton : Kechiche entouré des deux actrices principales, qui rend hommage à un autre homme, Claude Berri, et n'a pas un mot pour Julie Maroh, qui a pourtant eu l'idée originale. Adèle Exarchopoulos s'empresse de remercier son "amoureux", histoire quand même qu'on ne la prenne quand même pas pour l'une de ses sales gouines non épilées. Une bonne nausée m'envahit quand là j'imagine la gauche pépère, celle qui se dit de gauche mais ne réfléchit à pas grand chose, bien satisfaite d'elle-même. Après tout, par cette récompense, elle fait montre de sa "tolérance", de sa "preuve d'ouverture" et parle d'égalité des droits alors que les "T" de LGBT ont été complètement zappé.e.s, et que même des trucs aussi basiques que le changement d'état civil, c'est comme le droit de vote des étranger.e.s, sont repoussés aux calendes grecques.

Le caractère soi-disant sulfureux des scènes de sexe, l'instance sur leur « réalisme », n'entraînent qu'une excitation érotique mal cachée des journalistes, au lieu de susciter une réflexion sur la méconnaissance totale des pratiques sexuelles lesbiennes, faisant écho à une méconnaissance de la sexualité féminine en général. Naïvement, on aurait pu croire que ce réalisme et cette crudité allait permettre aux média mainstream de se remettre en question sur leur vision des sexualités minoritaires et lesbiennes, forcément non passionnées, non intenses, voire non sexuelles en fait, parce qu'a priori sans bite. 
Quelle naïveté. 

Il n'y a pas de place pour la remise en cause dans ce monde. Et outre que cela prouve une nouvelle fois combien sexisme et lesbophobie marchent main dans la main, le traitement de ce film nous montre encore une fois qu'en France, le génie cinéaste par son statut d'artiste, peut se dispenser de respect de règles élémentaires en matière de droit du travail sans que les critiques ne s'en émeuvent. Ni le jury cannois, qui s'autorise à récompenser un film sans générique : Kechiche, Seydoux et Exarchopoulos ont donc filmé, monté, décoré le film avec leurs 6 petites mains? La belle exception culturelle française, si compatible avec notre beau pays.


mardi 28 mai 2013

SOLIDARITE CONTRE LA RÉPRESSION DES PROSTITUE-E-S A LYON







Les prostituéEs travaillant dans le quartier de Gerland (Lyon 7 et 8) organisent un  

rassemblement suivi d’une manifestation le mercredi 29 mai place Jean Macé à 15h,

pour dénoncer et lutter contre la répression massive dont elles sont victimes depuis mars 2013.

Elles sont soutenues par l’association de santé communautaire CABIRIA ainsi que par d’autres associations de santé, associations féministes et acteurs du monde médico-social :
Médecins du monde, le Planning Familial 69, FRISSE, Act Up-Paris, Act Up Sud Ouest, Grisélidis, le collectif 8 mars pour toutes et par des collectifs de travailleurSEs du sexe : le STRASS – Syndicat du travail sexuel, l’ICRSE (International Committee for the Rights of Sex Workers in Europe), le NSWP (Global Network of Sex Work Projects), Avec Nos Aînées (ANA).

Une répression sans précédent

Des opérations policières de grande ampleur se déploient quasi-quotidiennement dans le quartier de Gerland, zone non résidentielle de Lyon 7ème. Les prostituéEs sont rassembléEs de force par les forces de l’ordre, contrôlées, verbalisées et leurs véhicules embarqués systématiquement.

Une augmentation des risques sanitaires et sociaux et des violences

Cette (ré)pression renvoie les personnes dans une situation de clandestinité et impacte leur santé en renforçant leur isolement, leur stigmatisation, l’augmentation de la violence à leur encontre et la réduction du temps et de l’attention passés à la négociation avec le client.

La prostitution n’est pas illégale

Le rassemblement des personnes exerçant la prostitution dans le quartier de Gerland résulte d’une politique publique en place depuis 2002 visant à les exclure progressivement de la ville.
Que ce soit par la pénalisation du racolage ou par la mise en place d’arrêtés municipaux antistationnement, les institutions organisent des actions de répression à l’encontre des prostituéEs. Cela est en contradiction avec toutes les préconisations en terme de santé publique, de lutte contre le VIH et de respect des droits humains.

Mobilisons-nous pour une politique publique cohérente visant à la sécurité, la santé et le respect des droits de touTEs.




Voici également un texte à l’initiative de professionnel-le-s de santé et du social à Lyon des CDAG et CIDDIST, du COREVIH, de Médecins du Monde, du Planning Familial et de Cabiria pour soutenir les personnes qui se prostituent dans le quartier de Gerland et qui se mobilisent face à cette répression.

Nous, professionnel-le-s de santé et du social impliqué-e-s dans la lutte contre le VIH et dans la santé globale à Lyon, avons eu connaissance de la mise en place depuis le 19 mars 2013 de contrôles, verbalisations et arrestations régulières de personnes qui se prostituent à Lyon dans le quartier de Gerland. 

Nous tenons à rappeler notre soutien total à toutes les démarches permettant le démantèlement de réseau de proxénétisme de contrainte et de traite des êtres humains. Cependant l'encerclement policier du quartier de Gerland à 1h du matin, le contrôle systématique des papiers des personnes présentes dans cet espace (prostituées, associatifs, clients), la verbalisation pour délit de racolage, l'arrestation des personnes étrangères sans titre de séjour, la mise en fourrière des véhicules (arrêté anti-stationnement dans ce périmètre) au rythme de trois fois par semaine depuis 2 mois, nous parait plutôt relever de l’acharnement contre un public jugé indésirable, frappé d'illégitimité sociale. 

Cette façon de maintenir l’ordre public est en contradiction avec la politique de santé publique et de lutte contre le VIH. Comme le rappelle le rapport de l’IGAS 2012 sur le commerce du sexe, ce public jugé indésirable n’en reste pas moins un public fragilisé par un cumul de risques, liés à l’activité, à la précarité, à l’insécurité du statut de sans papier, à la présence dans la rue : exposition aux violences, addictions, troubles mentaux, mais aussi tuberculose et infections sexuellement transmissibles comme le VIH et les hépatites. 

D’autre part, nous aimerions rappeler que la prostitution n’est pas interdite en France. Ces contrôles et arrestations répétés entretiennent l’idée que la prostitution est illégale auprès des personnes qui l'exercent, et les éloignent par peur d’être pénalisées des institutions et des structures qui leur permettraient d’accéder à leurs droits sociaux et à des soins. Cela menace également le travail des associations, essentiel pour franchir la barrière linguistique et celle de la connaissance des droits. 

Enfin, cela oblige les personnes qui se prostituent à se déplacer hors agglomération dans des zones désertées, où elles se retrouvent très isolées en cas d’agressions, et où les associations de terrain ont toujours plus de difficultés à les rencontrer et à distribuer le matériel de réduction des risques. 

Il devient insoutenable, pour nous soignants, de cautionner une politique municipale qui renforce la stigmatisation des personnes les plus marginalisées, et les expose à de plus grandes violences encore que celles de la pauvreté, de la vie dans la rue et de l’absence de droits sociaux. C’est un danger pour la santé des personnes et pour la santé publique.
En conséquence, nous demandons à la municipalité d’interrompre cette politique de répression massive et d’ouvrir des négociations avec les riverains, les personnes qui se prostituent et les associations qui les représentent.

dimanche 26 mai 2013

Concert de soutien au local féministe de la rue de la Victoire

Comme vous ne savez peut être pas tous et toutes, il y a dans le 3ème à Lyon un local féministe.
Il existe depuis environ 2 ans.
C'est là-bas, entre autre, que des féministes ont préparé les 2 marches non mixtes qui ont eu lieu sur Lyon récemment.
C'est aussi là-bas qu'ont lieu les apéros non mixtes des 13/13 (le 13ème jour du mois). C'est aussi là-bas qu'on peut trouver des brochures autour du féminisme.
C'est un lieu en mixité choisie. C'est un lieu de ressources en somme.

Oui mais voilà des lieux comme ça pour qu'ils vivent longtemps il faut des sous.
Des sous pour payer le loyer, pour imprimer les brochures, pour acheter du matos pour nos manifs ...

Alors du coup à la Plume Noire (8 rue Diderot) aura lieu un concert de soutien pour ce local , avec Elsa et les Fées Minées. L'entrée est à prix libre et l'ouverture des portes c'est 20h. Le concert est mixte.

Alors tous et toutes au concert le 31 mai ( vendredi ) à la Plume Noire pour faire péter le budget !


D’autres Fêtes des Mères sont possibles !




Non il n’y a pas de fatalité en ce jour officiel de Fête des mères…

D’accord il y a la pression sociale : les pubs confites de mièvreries et d’idées-cadeaux bien sexuées, les gamins de retour de l’école qui viennent relayer l’odieux message de propagande familialiste jusqu’au cœur de nos foyers, les mères (certaines des nôtres en tout cas) qui peut-être feront la gueule si on oublie de les appeler… (Ceci dit, Super Féministe n’a pas l’âme d’une commissaire politique ni d’une grande inquisitrice féministe, alors si vous avez versé une larme au poème de votre petite fille, ou fait un bisou à votre maman, elle ne vous jettera pas la pierre, parce qu’on fait bien ce qu’on peut avec nos contradictions dans ce monde patriarcal !)

D’accord aussi, entre deux résultats sportifs et quelques marronniers sur la météo, les vide-greniers, et la rose offerte à toutes les mamans par la mairie, on va de nouveau entendre parler de la mobilisation des opposants au mariage pour tou-te-s. Ils/elles s’emparent du symbole de la Fête des Mères : on leur laisse bien volontiers ! Précisons que toutes les mères ne méritent pas cet hommage, selon les tenants du papa-maman : il faut avoir procréé avec un-homme-un-vrai, et respecter une stricte division des tâches parentales, car quoi de pire que l’indifférenciation des genres ?!


Et pourtant, Super Féministe dans sa célèbre rubrique Féministosaure a décidé de vous montrer qu’on peut faire bien autre chose de cette journée dédiée aux mômans. C’est parti pour un petit tour dans les années 70, au temps du MLF, pour quelques exemples de détournements de la Fête des Mères.
Pour cela, nous avons interviewé Christiane, aujourd’hui militante au Planning Familial 69 (c’est bien les assos intergénérationnelles !), et aussi à FIL et Filactions, qui fut membre à Lyon du Cercle Flora Tristan du MLF. Un peu d’histoire locale à partir de souvenirs, de documents précieusement conservés, et de photos de manifs.


Comment s’est créé votre groupe à Lyon ?

Dans l’après-68, il y avait plein de groupes, partout, sur tout. D’abord j’étais dans un groupe mixte sur le quartier des Brotteaux, et puis avec les débuts du MLF, on a eu envie de plus s’intéresser à « la condition des femmes » et on a créé un Comité MLF du 6ème arrondissement. On allait aux réunions du Mouvement, mais c’était la foire d’empoigne, ça s’engueulait beaucoup… Pour nous le mouvement réagissait beaucoup à l’actualité, mais on pensait qu’il fallait plus s’organiser, définir un programme, faire plus de choses dans les quartiers. Du coup on a proposé de monter le cercle Flora Tristan au sein du MLF en 1973, avec d’abord un local à St Georges, et après on s’est installées à la Croix-Rousse.

Quelles étaient vos revendications ?

Pour nous, ce qui était central dans les inégalités entre hommes et femmes, c’était l’exploitation du travail des femmes au sein du foyer. Une exploitation qui servait aussi les intérêts des patrons. Tout partait de là. C’était des analyses inspirées du marxisme, on était plus ou moins proches des maos à l’époque, sans appartenir à des organisations politiques. Alors beaucoup de nos actions se centraient sur la « femme ménagère », le mariage comme agression permanente, contre le « devoir conjugal », contre les « brutalités viriles »… Une de nos revendications, c’était de reconnaître le travail domestique comme un vrai travail, en attribuant à la femme au foyer la moitié du salaire de son mari, en demandant son accès personnel (et non comme ayant-droit) à la Sécurité Sociale, une « retraite de ménagère », des temps de repos, le développement des crèches… Ca n’a pas toujours été bien compris, certaines disaient qu’on voulait renvoyer les femmes au foyer, mais c’était pas du tout ça !

Concrètement, on faisait de la propagande à travers pleins de moyens différents : des réunions publiques, des bulletins, des tracts… On a créé nos propres affiches en sérigraphie, et des autocollants, on faisait des collages, on tenait des stands dans les fêtes militantes, on allait discuter sur les marchés, et même faire du porte-à-porte…

Et vous organisiez aussi des Fêtes des Mères un peu particulières ...
Je crois que c’était dans l’air du temps, on n’était pas les seules à faire ça. La 1ère qu’on a organisée en 1974, on avait trouvé le texte de John Stuart Mill contre l’inégalité créée par le mariage. On a décidé de s’adresser aux hommes : plutôt qu’un cadeau, engagez-vous donc à respecter cet appel… C’était sous forme de pétition.


En 1975, c’est le défilé de voitures, avec des banderoles du MLF, des affiches qui disaient « avortement = droit des femmes à arracher aux hommes ».


Vous étiez dans les luttes pour l’avortement ?

On demandait l’avortement et la contraception libres et gratuits, et on a participé aux luttes locales comme la 1ère manif pour l’avortement en 1973, mais ce thème n’était pas central dans notre action au sein du cercle Flora Tristan. On a dénoncé les insuffisances de la loi Veil, d’ailleurs nous on disait « pourquoi une loi ? On n’en a pas besoin pour l’opération de l’appendicite ! »

Mais tu as participé à des avortements clandestins…

C’est vrai qu’il y en a eu quelques-uns chez moi, mais ce n’était pas dans un cadre militant. C’était ce que faisaient beaucoup de femmes, pour répondre à des situations, rendre service à une copine… On avait le contact d’un médecin militant, on passait voir sa mère qui tenait un bistrot et elle nous mettait en lien… J’ai gardé la grosse casserole que j’avais achetée pour faire bouillir la sonde.

Et les photos des femmes-sandwichs ?





Là, c’est pour la Fête des Mères de 1976, on défile Rue de la République en distribuant des tracts. Le slogan qu’on porte, c’est « A bas la fête des pondeuses, Vive la fête des femmes ».
On avait pas mal de types d’actions. Par exemple on a travaillé avec le Groupe d’Action Judiciaire, des gens qui voulaient faire évoluer la Justice en France, et on a fait des réunions publiques pour informer les femmes de leurs droits : droit de conserver son nom, d’ouvrir un compte en banque ou de travailler sans l’autorisation du mari… En 1975, on a fait un tract « Femmes mariées, Femmes à battre » : on revendiquait un refuge pour les femmes battues, géré par les femmes elles-mêmes, et on demandait aussi « le divorce par consentement féminin ».

C’était une sorte de discrimination positive ?

Et bien oui ! C’était avant la loi qui autorise le divorce « à l’amiable », et on disait que puisqu’on est dans un système inégalitaire, il faut donner l’avantage aux femmes dans les procédures de divorce pour « rattraper » l’inégalité créée par le mariage.

Quels étaient vos liens avec le reste du Mouvement ?

On allait aux réunions, on proposait des actions, et on participait à certaines luttes. Le Mouvement défendait la spontanéité et nous voyait parfois d’un mauvais œil parce qu’on voulait plus d’organisation… Mais en même temps on était respectées, je pense, à cause tout le boulot qu’on faisait. On a toujours tenu à signer Cercle Flora Tristan du MLF.


Et pour conclure cet entretien, quelques extraits de tracts, et une carte sérigraphiée...

Femmes refusez de n’être que des moitiés, Soyez majeures !

Vous les femmes, jeunes filles, ménagères, travailleuses, grand-mères, faîtes comme nous, sortez de votre cuisine pour faire le ménage en grand dans cette société d’hommes.

Il faut abattre ce système d’oppression de la femme par l’homme, le patriarcat. Cette lutte d’émancipation ne peut être l’œuvre que des femmes elles-mêmes, il n’y a qu’une solution : l’organisation massive et autonome dans le MLF.





A lire si vous voulez mieux connaître l’histoire du MLF à Lyon : CLEF (Centre Lyonnais d’Etudes Féministes), Chronique d’une passion. Le Mouvement de Libération des Femmes à Lyon, L’Harmattan, 1989.


vendredi 24 mai 2013

Luttes de femmes dans les secteurs du nettoyage et de l’hôtellerie


 



La CNT-SO (Solidarité Ouvrière) propose une journée à L’Autre Côté du Pont autour du travail des femmes dans le ménage et l’hôtellerie-restauration : pour s’informer, avoir des infos juridiques, discuter avec des syndiquées de ces secteurs… et aussi pour soutenir la CNT-SO.

Le Planning Familial 69 s’est associé à cette initiative : nous tiendrons un stand (réduction des risques et féminisme comme d’hab’).

C’est le 1er juin à L’Autre Côté du Pont,

25 cours Gambetta, Lyon 3ème

 

Et voilà le programme :

15H à 16H : Speed-dating juridique pour les secteurs du nettoyage et de l’hôtellerie-restauration

16H30 : Film « On a grèvé » (45 mn), sur la lutte des femmes de ménage dans un hôtel, suivi d’un débat avec Soria et Fatma, militantes syndiquées CNT-SO de ces secteurs d’activités, et Etienne, juriste du syndicat du nettoyage.

20H : Restauration végétarienne, bio et locale… et à boire !

 

Contact : Syndicat de l’hôtellerie et de la restauration CNT-Solidarité Ouvrière, Lyon



 

 

samedi 18 mai 2013

Et l’objet mystère était… un nouveau diaphragme !





     Il s’appelle Caya, et est présenté (par le labo qui le diffuse) comme un diaphragme « nouvelle génération ». Le diaphragme est un moyen de contraception qui fait partie des « méthodes barrière » : placé au fond du vagin, il empêche les spermatozoïdes de franchir le col de l’utérus. 
 
 

Qu’est-ce qu’il a de vraiment nouveau ?


         
     Une taille unique 
    
   En silicone (pas de risque d’allergie)
          
      Plus souple

   Son petit rebord qui permet de le récupérer avec le doigt plus facilement

     Et sa couleur violette  beaucoup plus sexy !




Comment ça marche ?
Il faut le mettre en place avant chaque rapport sexuel (potentiellement fécondant : bite-vagin pour être clair) : juste avant, ou jusqu’à 2H maxi avant. Il s’utilise avec un gel « contraceptif » (le labo en propose un à base de cellulose et d’acide lactique, nous n’avons pas de données sur son efficacité) ou un gel spermicide : on en met une noisette au creux du diaphragme avant de le poser. Il faut attendre 6H après le rapport avant de l’enlever (si on a plusieurs rapports de suite, il est conseillé de remettre du gel sans enlever le diaphragme). Ensuite, on le lave à l’eau tiède et au savon, et on le range dans sa boîte.


Est-ce que c’est efficace ?
Côté efficacité, on ne dispose pas d’estimations spécifiques pour ce nouveau dispositif.  Ce qu’on sait pour les diaphragmes, c’est que l’indice de Pearl est de 6 : ce qui signifie 60 grossesses pour 1000 utilisatrices par an (à comparer aux autres méthodes, par exemple pour les pilules combinées un indice de 0,1, pour les préservatifs masculins et féminins, un indice de 3). Ces chiffres concernent les utilisations optimales (quand on respecte toutes les consignes), il faut donc les nuancer avec les chiffres « en utilisation courante » (dans la vraie vie, quoi) : par exemple, la pilule « redescend » à  60 pour 1000, le diaphragme avec spermicide à 120 pour 1000 …  Dans le choix d’une contraception, l’efficacité n’est qu’un des critères, pas forcément le plus important pour toutes les personnes concernées. Dans une optique de RdR (réduction des risques), il vaut mieux une méthode choisie, bien vécue et bien utilisée, qu’une méthode adoptée sous contrainte, mal supportée, oubliée…
A mentionner également : le diaphragme ne protège pas des IST.

Qui ça concerne ?
Toutes les femmes qui souhaitent une contraception, et particulièrement celles qui ne veulent pas/ou plus d’hormones, celles qui ont des contre-indications aux méthodes hormonales, des effets secondaires, ou juste marre de prendre des comprimés tous les jours... Une condition importante : ne pas avoir peur de mettre ses doigts dans son vagin.

Comment se le procurer ?
Même s’il est à taille unique, il doit faire l’objet d’une prescription par un médecin ou une sage-femme. Le but de la consultation, c’est déjà de vérifier qu’il est adapté (certaines configurations de l’utérus rendent le maintien en place impossible, il faut aussi attendre 6 semaines après un accouchement…), et c’est surtout d’apprendre à le poser correctement. Ensuite, on peut le commander en pharmacie (c’est le labo Bivea Medical qui le commercialise). On en trouve aussi au Planning Familial.


Combien ça coûte ?
Le prix « conseillé » est de 33,95€ : un prix à rapporter à sa durée d’utilisation qui est de 2 ans. Il faut rajouter le prix du gel. Le remboursement  par la sécu s’élève à la coquette somme de … 3,14€ ! (toujours cette politique française incohérente dans le remboursement des contraceptifs). A noter pour les moins de 25 ans détentrices de la carte M’Ra : le Pass Contraception développé par la région Rhône-Alpes a inclus le diaphragme dans les méthodes prises en charge.

A-t-il un impact sur la sexualité ?
Selon la littérature du labo (on attend les témoignages d’utilisatrices et -teurs), si le diaphragme est bien placé, ni la femme ni l’homme ne ressentent de gêne.

Bref, sans être révolutionnaire, ce nouveau diaphragme est en tout cas pensé pour un meilleur confort des femmes (moins rigide, plus facile à récupérer). Sa commercialisation est une bonne occasion de parler de ce moyen assez peu utilisé en France (alors qu’il est très commun dans les pays anglo-saxons). Sa taille unique va faciliter aussi le travail des médecins (!), car leurs connaissances en la matière sont globalement limitées, le savoir pour déterminer la taille, expliquer l’usage s’étant peu à peu perdu.
N’hésitez pas à nous communiquer votre avis après test !

Colette Sterol