mardi 10 décembre 2013

Marie-toi et sois soumise...

... c'est le titre d'un livre écrit par la journaliste italienne Costanza Miriano dont la traduction et l'édition en Espagne par l'archevêché de Grenade fait tout un scandale depuis quelques jours. Des personnalités politiques (comme la ministre de la santé) sont allées jusqu'à proposer de le retirer de la vente !

Manifestation à Bilbao : des personnes arrachent la couverture du livre de C. Miriano

Hé oui, comme vous l'aurez compris, non, ce n'est pas une blague ! Ce titre n'est pas du deuxième ou dixième degré ! Ce livre se présente, sérieusement, comme un manuel de savoir-vivre pour les femmes mariées. D'ailleurs le sous-titre est un régal : Expérience radicale pour des femmes sans peur. Tout est dit.


N'ayant pas eu la chance de lire la version intégrale du livre, mais plusieurs extraits délicieux que les émissions espagnoles nous ont offerts, Super féministe est allée faire des recherches dans le blog de Costanza Miriano, son compte Twitter, lire, voir et écouter les entretiens qu'elle a donnés pour découvrir qui se cache derrière ce discours moyenâgeux .  

 
Qui est l'auteure ?

Mme. Miriano se présente d'abord comme "catholique, mariée et mère de quatre enfants" puis ensuite comme journaliste de la RAI, la télévision publique italienne (voir ici). Elle fait partie de la mouvance de l'église catholique très, très, très conservatrice voire complétement réactionnaire. Cette mouvance qui s'oppose à l'avortement, au mariage des couples de même sexe et qui dénonce "la théorie du g-e-n-d-e-r ou du g-e-n-r-e". Il suffit d'aller jeter un petit coup d'oeil, même pas besoin de parler italien, certaines images parlent d'elles-mêmes (ici par exemple). Étonnant, non ? Triste surtout... Les mêmes à transmettre leurs idées d'un autre temps et surtout inégalitaires en Italie, en Espagne, en France... 

Costanza Miriano, auteure de Marie-toi et sois soumise...
 
Selon C. Miriano, comme pour toute cette mouvance réactionnaire, les hommes et les femmes sont différents naturellement, Dieu l'a voulu ainsi. Pour eux, la construction socialement différenciée des genres masculins et féminins c'est de la bêtise ! Mes chères dames, nous dit-elle, comprenez, une fois pour toutes, que les femmes sont intrinsèquement douces, maternelles, gentilles et toujours disponibles et à l'écoute grâce au "pouvoir de porter la vie" qu'elles ont reçu par la grâce de Dieu.

Et paf, si tu ne peux ou ne veux pas avoir des enfants !
C'est ce type de discours qui permet de stigmatiser les femmes, de les faire culpabiliser face à leurs choix ou leurs spécificités !

Et paf, si tu t'énerves, que tu n'es pas douce et que tu n'as pas envie d'être gentille avec le lourd qui t'emmerde dans la rue ! (par exemple, mais pas que...) On a le droit d'être ou de ne pas être dou-x-ce, délicat-e que l'on soit femme, homme, trans ou inter ! 

Car bien sûr pour notre chère Costanza M., les hommes (face à ces qualités naturelles des femmes ) ont eux leurs qualités spécifiques, que les femmes doivent écouter et auxquelles elles doivent "obéir" (oui ce sont ses mots et ses guillemets !). Ces qualités naturelles des hommes ? La lucidité , la rationalité ! Hé oui mes chères dames la raison c'est pour eux et l'intuition pour vous, c'est bien connu ! 

Quels sont les conseils de Constanza Miriano aux femmes mariées ?

On peut lire dans le résumé du livre sur son blog, ici :
"L'homme doit incarner la conduite, la règle, l'autorité. La femme doit sortir de la logique de l'émancipation et embrasser à nouveau avec joie le rôle d'accueil et de service". Chacun-e a sa place bien définie, ne dévions pas du droit chemin !

C. Miriano ne va pas jusqu'à dire explicitement que la femme doit rester au foyer, prendre soin de ses enfants et de son mari et donc ne pas travailler mais... 
Elle nous dit par exemple : femme, si tu es fatiguée après ta double journée de travail, soumets-toi ! Ne te rebelle surtout pas ! (Mais bien sûr : ce n'est pas très doux, ni gentil de se rebeller !).

Elle avoue combien c'est terriblement dur d'être mère et de travailler en même temps mais pour elle "c'est la nature". 

Il ne faut pas se révolter du fait que ce soit les mères qui s'occupent seules des gamins, des inégalités persistentes dans les couples. 

Non les messieurs n'ont pas de quoi s'inquiéter avec Mme. Miriano. Elle préfère reconnaître leur supériorité !

Paf, aux revendications des femmes pour le partage équitable des tâches ménagères, parmi lesquelles l'éducation et le soin des enfants ! 


Quelques extraits du livre Marie-toi et sois soumise, à méditer. Attention âmes sensibles !

« Ma réponse à n'importe quel problème est une des suivantes, au choix : il a raison ; marie-toi avec lui ; aie un enfant ; obéis-lui ; aie un autre enfant […] »
« Le secret d'un mariage saint ou, ce qui est la même chose, d'un mariage heureux […] est que les femmes, devant l'homme que nous avons choisi, fassions un pas en arrière. […] Et il faut le faire même quand tu n'en comprends pas la raison, même quand tu es intimement convaincue d'avoir raison. À ce moment-là fais un acte de confiance en ton mari. Sors de la logique du monde, "je veux avoir raison", et entre dans celle de Dieu, qui t'a mise à côté de ton mari, ce saint qui te supporte malgré tout et qui, de plus, est aussi un bon gars. Et si quelque chose qu'il fait ne te semble pas bien, c'est avec Dieu que tu dois régler ça: tu peux commencer en te mettant à genoux, et la plupart du temps tout se résout. »
Voilà pour les conseils de communication au sein du couple...
« […] Quand il te dit quelque chose, donc, tu dois l'écouter comme si c'était Dieu qui te parle. Avec discernement, c'est clair, avec sagesse et intelligence, c'est évident, parce que c'est une créature, mais avec respect, parce que fréquemment il voit plus clair que toi. […] »
« Dois-je lui donner raison même s'il a tort ? Je dirais que oui. […] Tu dois te soumettre à lui. » 
« Quand vous aurez à choisir entre ce qui te plaît et ce qui lui plaît, choisis en sa faveur. […] Fais-lui confiance, et laisse-le avoir le dernier mot. » 

Sur l'infidélité du mari car la femme ne peut être infidèle... Mme. Miriano dit :
« Même une femme qui est trahie a une possibilité de défendre cet amour qui est en danger de mort : elle peut rester fidèle et continuer à aimer. […] C'est un vase qui se casse, et qui ne sera jamais un nouveau vase, mais qui après la chute pourra résister jusqu'à la fin […] Nous, les femmes, nous défendons cette forme de vie, gardant la tête bien haute quand tout semble perdu. »
Vous sentez-vous transporté-e-s dans les années 50 ?
« Il y a un comportement qu'une femme doit observer même quand il existe beaucoup de confiance, un comportement juste formel, qui empêche qu'une mère, même crevée, puisse recevoir son mari en robe de chambre et chaussons à 19 heures. »
Ces mots ont une petite odeur de naphtaline, non ? 
De plus, elle minimise et même nie les violences faites aux femmes : 

« Quand mes grand-mères sont nées elles ne pouvaient pas voter et à la télé on disait : "les femmes sont comme le poulpe, meilleures quand on les frappe". […] Tout cela est si loin de vous, grâce à Dieu, qu'il n'y a même pas besoin d'en parler. Ce n'est plus une menace pour votre vie de femmes adultes. » 

Dans quel monde vit Costanza Miriano ? 
Aujourd'hui, il faut continuer à parler des violences et des violences conjugales car elles sont une réalité ! Il faut se révolter contre ces violences même si cela n'est pas doux et gentil aux yeux de certain-e-s ! 

Chers lecteurs,si tous ces conseils pour les femmes mariées vous ont fait envie, si, chers messieurs, vous vous sentiez laissés de côté et perdus... Costanza Miriano a pensé à vous et vous a concocté Marie-toi et donne ta vie pour elle. Des vrais hommes pour femmes sans peur.