vendredi 7 juin 2013

Ciao Franca Rame !




















Le 29 mai s'est éteinte une grande Dame, Franca Rame, mais son courage, son souffle de révolte et de liberté marqueront à jamais l'histoire du féminisme comme du théâtre.



Née dans une famille de marionnettistes, elle sera toute sa vie consacrée à son art et à la nécessaire liberté de créer, de vivre, de penser qui l'accompagne...

On retiendra aussi bien sa lutte antifasciste féministe que son œuvre, car celle que l'on nommait la femme de Dario Fo était bien plus que cela, une interprète prodigieuse, charismatique, chavirante... comme elle fit chavirer le cœur de l'homme avec qui elle partagea les luttes, la vie, la scène...

Ils fonderont tout deux les collectifs Nuova Scena puis en 70, La Comune pour un théâtre de combat et d'intervention qui ne s'exprime que dans la rencontre avec le peuple. Ils abandonnent les institutions, jouent dans les usines, les salles de fêtes, les hôpitaux et les foyers de travailleurs. Ils versent leurs recettes aux associations et soutiennent les ouvriers en grève. Les pièces, généralement, se composent à deux. Reprises de farces traditionnelles, épopées d’opprimés en tout genre, comédie efficace sur les «couples ouverts», jusqu’au fameux Mystère bouffe en 1969 – inspiré par des textes du Moyen Age.
 


En 1981, elle écrit une pièce bouleversante, Il stupro (Viol), de la plus crue et violente des réalités, la sienne, celle d'un viol collectif dont elle a été victime et dont les auteurs, des militants néofascistes ne seront jamais condamnés. La prescription immunisera les carabinieri de la division Pastrengo à Milan, que des révélations mettent aussi directement en cause. Avant de pouvoir se libérer par cette œuvre, elle se mura 8 ans dans le silence. Elle qui pourtant savait si bien prendre la plume pour dénoncer. Comme lorsqu'en 73, engagée au sein du Secours Rouge, une organisation gauchiste d’aide aux prisonniers, elle publie un livre sur la réalité des prisons.

On ne sait par quel espoir, quelle force, quelle dignité elle continua de croire au changement, jusqu'à être élue en 2006 au Sénat sous la bannière de l’ex-juge anti-corruption Antonio Di Pietro. Mais l'immobilisme n'est pas le langage de Franca Rame, elle démissionne deux ans plus tard, fustigeant l’inertie du système politique italien.



« Arrêter la propagation de la connaissance est un outil de contrôle pour le pouvoir parce que le savoir c'est savoir lire, interpréter, vérifier en personne et non faire confiance à ce qu'ils vous disent. La connaissance vous fait douter. En particulier du pouvoir. De tout pouvoir. » Dario Fo


En ta mémoire, en notre mémoire collective, Franca Rame
nous bougerons, nous crierons et nos voix continueront de résonner... tant qu'il le faudra.


Ciao Franca Rame...

                                                                        C.C