mardi 28 mai 2013

SOLIDARITE CONTRE LA RÉPRESSION DES PROSTITUE-E-S A LYON







Les prostituéEs travaillant dans le quartier de Gerland (Lyon 7 et 8) organisent un  

rassemblement suivi d’une manifestation le mercredi 29 mai place Jean Macé à 15h,

pour dénoncer et lutter contre la répression massive dont elles sont victimes depuis mars 2013.

Elles sont soutenues par l’association de santé communautaire CABIRIA ainsi que par d’autres associations de santé, associations féministes et acteurs du monde médico-social :
Médecins du monde, le Planning Familial 69, FRISSE, Act Up-Paris, Act Up Sud Ouest, Grisélidis, le collectif 8 mars pour toutes et par des collectifs de travailleurSEs du sexe : le STRASS – Syndicat du travail sexuel, l’ICRSE (International Committee for the Rights of Sex Workers in Europe), le NSWP (Global Network of Sex Work Projects), Avec Nos Aînées (ANA).

Une répression sans précédent

Des opérations policières de grande ampleur se déploient quasi-quotidiennement dans le quartier de Gerland, zone non résidentielle de Lyon 7ème. Les prostituéEs sont rassembléEs de force par les forces de l’ordre, contrôlées, verbalisées et leurs véhicules embarqués systématiquement.

Une augmentation des risques sanitaires et sociaux et des violences

Cette (ré)pression renvoie les personnes dans une situation de clandestinité et impacte leur santé en renforçant leur isolement, leur stigmatisation, l’augmentation de la violence à leur encontre et la réduction du temps et de l’attention passés à la négociation avec le client.

La prostitution n’est pas illégale

Le rassemblement des personnes exerçant la prostitution dans le quartier de Gerland résulte d’une politique publique en place depuis 2002 visant à les exclure progressivement de la ville.
Que ce soit par la pénalisation du racolage ou par la mise en place d’arrêtés municipaux antistationnement, les institutions organisent des actions de répression à l’encontre des prostituéEs. Cela est en contradiction avec toutes les préconisations en terme de santé publique, de lutte contre le VIH et de respect des droits humains.

Mobilisons-nous pour une politique publique cohérente visant à la sécurité, la santé et le respect des droits de touTEs.




Voici également un texte à l’initiative de professionnel-le-s de santé et du social à Lyon des CDAG et CIDDIST, du COREVIH, de Médecins du Monde, du Planning Familial et de Cabiria pour soutenir les personnes qui se prostituent dans le quartier de Gerland et qui se mobilisent face à cette répression.

Nous, professionnel-le-s de santé et du social impliqué-e-s dans la lutte contre le VIH et dans la santé globale à Lyon, avons eu connaissance de la mise en place depuis le 19 mars 2013 de contrôles, verbalisations et arrestations régulières de personnes qui se prostituent à Lyon dans le quartier de Gerland. 

Nous tenons à rappeler notre soutien total à toutes les démarches permettant le démantèlement de réseau de proxénétisme de contrainte et de traite des êtres humains. Cependant l'encerclement policier du quartier de Gerland à 1h du matin, le contrôle systématique des papiers des personnes présentes dans cet espace (prostituées, associatifs, clients), la verbalisation pour délit de racolage, l'arrestation des personnes étrangères sans titre de séjour, la mise en fourrière des véhicules (arrêté anti-stationnement dans ce périmètre) au rythme de trois fois par semaine depuis 2 mois, nous parait plutôt relever de l’acharnement contre un public jugé indésirable, frappé d'illégitimité sociale. 

Cette façon de maintenir l’ordre public est en contradiction avec la politique de santé publique et de lutte contre le VIH. Comme le rappelle le rapport de l’IGAS 2012 sur le commerce du sexe, ce public jugé indésirable n’en reste pas moins un public fragilisé par un cumul de risques, liés à l’activité, à la précarité, à l’insécurité du statut de sans papier, à la présence dans la rue : exposition aux violences, addictions, troubles mentaux, mais aussi tuberculose et infections sexuellement transmissibles comme le VIH et les hépatites. 

D’autre part, nous aimerions rappeler que la prostitution n’est pas interdite en France. Ces contrôles et arrestations répétés entretiennent l’idée que la prostitution est illégale auprès des personnes qui l'exercent, et les éloignent par peur d’être pénalisées des institutions et des structures qui leur permettraient d’accéder à leurs droits sociaux et à des soins. Cela menace également le travail des associations, essentiel pour franchir la barrière linguistique et celle de la connaissance des droits. 

Enfin, cela oblige les personnes qui se prostituent à se déplacer hors agglomération dans des zones désertées, où elles se retrouvent très isolées en cas d’agressions, et où les associations de terrain ont toujours plus de difficultés à les rencontrer et à distribuer le matériel de réduction des risques. 

Il devient insoutenable, pour nous soignants, de cautionner une politique municipale qui renforce la stigmatisation des personnes les plus marginalisées, et les expose à de plus grandes violences encore que celles de la pauvreté, de la vie dans la rue et de l’absence de droits sociaux. C’est un danger pour la santé des personnes et pour la santé publique.
En conséquence, nous demandons à la municipalité d’interrompre cette politique de répression massive et d’ouvrir des négociations avec les riverains, les personnes qui se prostituent et les associations qui les représentent.