jeudi 25 avril 2013

Violez la : au delà des mots, la mère et la putain, bis repetita.



Je suis mère. Un aveu, un préalable, une banalité.
J'ai lu avec de l'effarement les mots du Grrrrrand Pédiââââââtre Aldo Naouri, qui dit en substance : quand votre femme vient d'accoucher, que sa vulve ressemble à Verdun, qu'elle dort 3h par nuit, et qu'elle ne (légitimement) veut pas baiser ? Violez la !!! Bien sûr, il se reprend, bien sûr c'est une provocation (c'est celaaaa oui). (il a d'ailleurs des positions un poil dég' sur l'adoption par les couples de mêmes sexe)( ici)

Revenons sur le « violez la ». Bien sur, une mère ne peut pas avoir envie de sexe. D'ailleurs les hommes eux, ont envie de sexe en permanence. D'ailleurs c'est bien connu, un petit coup sans consentement, et tout va mieux. Et les femmes s'interdisent le sexe quand elles sont mèèèèèères. Il faut choisir : mère ou amante !!!
Ce sont des inepties. Je n'ai pas choisi. Je suis femme, cisgenre, hétérosexuelle ; j'ai eu le désir d'avoir un enfant avec mon compagnon, désir réalisé, ce qui est formidable. Je n'ai pas repris « la baise » en rentrant de la maternité, ni même 1 mois après, ni même 3 mois après, mais plus tard. Quand j'ai voulu, quand mon compagnon a voulu. Je ne suis pas une mère ou une amante, je suis une femme qui a un enfant, qui a aussi des désirs sexuels, qui a aussi une vie professionnelle et sociale, une santé (parfois vacillante), des soucis. Je ne suis pas une machine à niquer ou à materner : je suis les DEUX, et bien plus que cela.

Ma vie sexuelle n'est pas le jouet d'un médecin qui se croit hyper docte, ma vie sexuelle est privée, intime, entre moi et mon compagnon. Elle est cependant politique, quand l'injonction à la performance l'atteint, quand les préjugés homme/femme la gangrènent, quand elle dérive d'une norme idiote et basée sur des principes patriarcaux auxquels nous ne voulons pas adhérer. Le sexe, la libération de la vie sexuelle, est une des batailles des féministes de la seconde vague, encore une fois, elle n'est pas acquise ou alors uniquement en surface : le fait de reconnaître des sexualités d'individus et non de genre, de(s) groupe social ou d'âge, n'est encore malheureusement pas d'actualité. « Avouer » ne pas avoir une vie sexuelle débridée à 25 ans est une tare, une honte. Ne pas être une bête, une obsédée, qui ne fait pas tout pour « plaire » à son mâle assigné, a une conséquence : l'incitation au viol par la faculté. C'est scandaleux, arriéré, misogyne.

Lara Neutron