lundi 18 février 2013

Multinationale encore influente Rech. H. + de 70 ans pour poste à responsabilité





Ils nous en font un foin sur la démission du pape ! Les ¾ des JT, les unes des magazines, à croire qu’il ne se passe rien de plus important dans le monde… Mais surtout c’est le traitement médiatique de l’événement qui a tendance à énerver… car ce qu’on retient dans ce flot d’images et de commentaires (option V.O. en latin incluse), c’est la grande « modernité » du geste.
Alors c’est sûr que d’habitude, les papes, on les laisse se dessécher sur pied, alors quand il y en a un qui décide de mettre fin à son CDI de son propre chef, ça étonne. Mais à force d’évoquer toute cette modernité, on oublie quelques faits qui témoignent plutôt du grand conservatisme de Benoît 16.

Petit bilan du pontificat sur les thèmes qui nous intéressent (liste non exhaustive) :

Gouvernance de l’Eglise : le maintien du pouvoir masculin

Que l’Eglise catholique soit une institution masculine, ce n’est pas une nouveauté. Malgré la crise religieuse en occident, malgré les demandes de nombreux-ses croyant-e-s, Benoît 16 n’a accepté aucune évolution en la matière : c’est le monopole masculin, de la prêtrise au plus haut niveau de la hiérarchie. Il a aussi bloqué sur le mariage des prêtres, et a accueilli à bras ouverts la frange la plus conservatrice des prêtres anglicans, qui n’avaient pas toléré que leur Eglise accepte l’homosexualité de ses officiants. Le pape démissionnaire est également connu pour avoir cherché à faire rentrer au sein de l’Eglise les prêtres intégristes français (vous savez, ceux qui trouvent scandaleux que la messe ne se fasse plus en latin). Enfin, il n’a que très tardivement (et sous la pression des scandales) condamné les actes de pédophilie perpétrés par le clergé, qui ont été étouffés pendant des années par la hiérarchie catholique.


 
Question de « mœurs » : le dogme n’a pas bougé

Condamnation de l’homosexualité, de l’avortement, du divorce, vision traditionnaliste de la famille, on connaît les positions de l’Eglise catholique sur tous ces thèmes. On sait parfois moins que l’Eglise s’oppose également à la contraception (autre que « naturelle ») tout comme à la PMA (procréation médicalement assistée) en ce qu’elles s’opposent à la volonté de Dieu (à ce qu’il paraît). On se rappelle peut-être que Benoît 16 avait excommunié une Brésilienne pour avoir aidé sa fille de 9 ans, enceinte suite à un viol par son beau-père, à avorter. Il avait aussi condamné le caractère « contre-productif » du préservatif dans la lutte contre le SIDA.
Alors qu’à l’intérieur même de la communauté catholique, nombre de progressistes demandent une « modernisation » de l’institution sur toutes ces questions, le pouvoir catholique s’est cramponné au dogme, plongeant dans une douloureuse culpabilité ces croyant-e-s qui vivent et aiment (voire même baisent) dans la vraie vie de notre monde moderne.
Mais ces positions ne concernent pas que les « fidèles » (1 bon milliard quand même), car le poids politique de l’Eglise catholique s’étend bien au-delà de ses ouailles.

Le Vatican : petit mais costaud

Que ce soit de manière occulte ou tout-à-fait officielle, l’Eglise catholique s’invite dans le débat public et tente de peser de tout son poids de missels sur les décisions politiques des Etats. On vient de voir en France toute l’implication de la hiérarchie catholique dans le débat sur le mariage pour tous. Elle a été le fer de lance de l’opposition au projet : mobilisation à la base, appels dans l’enseignement privé, interventions de différents cardinaux dans les médias et dans les manifs… Et alors que le moindre bout de voile (s’il est musulman) met en ébullition médias et politiques, Barbarin a pu en toute tranquillité tenir des propos ouvertement anti-laïcité en déclarant que l’ouverture du mariage aux personnes homosexuelles était un fait trop grave pour être laissé au processus démocratique.
Entre autres exemples récents, l’Eglise catholique s’est également opposée à l’introduction de l’IVG médicamenteuse en Italie. Elle a aussi essayé de contrer, dans différents pays d’Amérique du Sud, la légalisation de la pilule du lendemain, ou l’assouplissement des critères pour l’obtention d’une IVG.
Surtout, le Vatican s’allie régulièrement avec les autres religions et les Etats les plus conservateurs dans les conférences internationales dès qu’il s’agit de « santé sexuelle et reproductive », bref du droit à disposer de son corps.

Rien de bien nouveau sous le soleil romain, donc.

Antoinette FonK