vendredi 27 juillet 2012

Votre magazine de l'été




Le bulletin trimestriel du Planning Familial du Rhône, D’Ebats Féministes, vient de sortir son n° 39.

Au sommaire :
  • Un gros dossier sur le thème de la prostitution (suite à un débat que nous avons eu entre nous), avec à la fin le communiqué du Planning (confédéral) : « Oui, on peut être féministe et contre la pénalisation des clients »,
  • Un compte-rendu des actions que nous avons menées localement sur le harcèlement sexuel, et lors de la Marche des fiertés,
  • Une synthèse de l’activité du planning 69 sur 2011, avec plein de chiffres qui montrent qu’on n’a pas chômé !
  • Une page historique sur le parcours de Jeanne Deroin,
  • Le retour enthousiaste de 2 militantes qui ont fait un stage avec l’association Autodéfense et Autonomie,
Et comme toujours des infos sur le mouvement féministe, les dernières nouvelles sur le champ de la santé… et le point sur les nouveautés de notre centre de doc.

Voici le lien vers le site du PF Rhône-Alpes, où vous pouvez télécharger les numéros en PDF : http://www.leplanning-rhonealpes.org/index.php?page=rhone

jeudi 19 juillet 2012

IVG à Lyon : d’où vient le danger ?


 Illustrations : «Le parcours de l’IVG », un jeu interactif créé par le Planning Familial du Rhône.


Il y a des mots qui semblent neutres, sans aspérités, presque sympathiques, qui ne sauraient causer du tort… Il y a des mots qui sont dans l’air du temps… Il y a des mots qui cachent bien leur jeu.
« synergie », « mutualisation », « qualité », « efficacité »… sont les mots qu’utilisent à longueur de pages et de discours les responsables politiques et gestionnaires de l’organisation des soins en France. Et derrière ces mots, il y a un projet politique : la logique à l’œuvre, notamment depuis la loi HSPT (Hôpital, Santé, Patient, Territoire), c’est la tarification à l’activité et la notion d’hôpital-entreprise, une vision libérale de la santé dont les conséquences concrètes sont :
  • de multiples fermetures d’établissements de proximité (on a relayé par exemple la lutte des habitant-e-s pour le maintien des petites maternités),
  • des regroupements de structures ou de services, qui peuvent entraîner une véritable pénurie dans l’offre de soins (comme en PACA ou en région parisienne pour les IVG)
  • des personnels mis sous pression,
  • un renforcement du déséquilibre entre secteur privé et public.
Et voilà qu’à Lyon, 2 ans à peine après la bataille de l’Hôtel-Dieu (une des rares luttes qui a pu empêcher la disparition d’un centre d’IVG – peut-être un jour dans la rubrique Féministosaure), une menace de restructuration pèse sur 2 centres d’IVG : Croix-Rousse et de Lyon Sud.
A l’hôpital de la Croix-Rousse, le projet serait un éclatement du service pour organiser les hospitalisations en gynécologie.
A Lyon Sud, les IVG seraient carrément rattachées au service de chirurgie ambulatoire.

Pourquoi nous ne voulons pas de cela ??!!
  • parce qu’en éclatant les différentes étapes d’une IVG en plusieurs lieux, on rend plus complexe le parcours des femmes, qui sont confrontées à plusieurs environnements et de multiples professionnel-le-s.
  • surtout, l’expérience montre que, si le personnel qui accueille les femmes en demande d’IVG n’est pas spécifiquement formé, pas forcément volontaire, on augmente grandement le risque de maltraitance, de jugement, de culpabilisation. La qualité de l’accompagnement – dans un contexte social où l’IVG est un acte dévalorisé, encore tabou – risque de se dégrader.
  • parce que l’Histoire montre également que, quand l’IVG est noyée au milieu d’autres activités hospitalières, on risque d’aboutir à une baisse de l’offre de soins : soit que les IVG passent après les autres soins faute d’une forte volonté du personnel ou du (de la) chef de service, soit que, tout simplement, on ne considère pas les IVG comme une « urgence », alors même que la réponse à une demande d’IVG doit être rapide : limite des délais légaux, enjeu du choix de la méthode, souffrance de devoir attendre faute de place quand on a pris la décision d’avorter.
     
Pour toutes ces raisons, suite à l’alerte de plusieurs membres des équipes concernées, le Planning 69 a décidé d’appeler à une réunion du Collectif de défense de l’IVG du Rhône, en veille depuis la lutte de l’Hôtel-Dieu. Ce collectif regroupe des associations féministes, des syndicats, des organisations politiques. En font partie également des membres du personnel hospitalier, qui ont témoigné de leur inquiétude devant les projets de restructuration qui se succèdent et l’incertitude qui pèse sur leur travail (sans parler des pressions subies).
Plusieurs actions ont été décidées :
  • demander à rencontrer la direction des HCL (qui regroupe tous les hôpitaux publics lyonnais), ainsi que le maire de Lyon (qui a une responsabilité directe sur les hôpitaux), pour exprimer notre souhait de centres d’IVG autonomes, avec un personnel formé, dédié, pluridisciplinaire et volontaire.
  • Interpeller les élu-e-s sur cette question (élu-e-s locaux, ministres concernés)
  • Sensibiliser la population : dans un premier temps répondre à une proposition de Rue89 Lyon qui veut faire un article sur l’IVG à Lyon ; puis faire un communiqué de presse, et envisager d’autres modes d’action

Le jour même de cette première réunion, nous apprenions que le projet de Lyon Sud était « ajourné ». Des oreilles bien placées nous ont informé-e-s que le « remue-ménage » des associations ne serait pas étranger à cette décision. Ce qui montre bien que notre vigilance est capitale.

Alors, même en tongs et bermudas, restons mobilisé-e-s !


Antoinette FonK

mardi 17 juillet 2012

Les suceuses de l'Ouest, un humour à tomber par terre

Les Suceuses de l'Ouest ? Dans un post Superféministe? Non non pas d'excès de mojito et/ou de chicha en ces débuts de ramadan mais bien la triste réalité du patriarcat de ce doux monde capitaliste qui nous rattrape...

Voyez plutôt.

Comme dirait ma pote Lara Neutron, un bel exemple de slut shaming...

Mais après tout, pas mal d'entreprises et de publicitaires sont de fervents admirateurs de la pub sexiste (souvenez-nous de la campagne Williams il y a quelques mois, qui mettait en scène un jeune homme fraîchement rasé, pouvant reposer sa délicate joue sur une douce poitrine féminine...rôle féminin dont la tête n'était même pas cadrée, car chez Williams on a le sens des priorités). D'ailleurs, comme l'a assuré la standardiste de "Aspiterre France", formidable entreprise d'aspiration de détritus à l'origine des Suceuses de l'Ouest, aujourd'hui pour vendre le moindre bout de savon, on met des filles nues... Pourquoi donc est-ce particulièrement révoltant et pourquoi s'indigne SuperFéministe, qu'on ne saurait accuser de pudibonderie...
Petit plan en trois parties (ô toi Etudiant-e qui nous lit, pense que Superféministe t'apprend aussi la méthodologie de la dissertation...).


1/ Un message sexiste
L'entreprise en question réalise des travaux d'aspiration, c'est-à-dire que les charmants camions sus-mentionnés aspirent grâce à leurs grandes trompes (de phallopes? muahahahahahahaha qu'est-ce-qu'on-rigole) les déchets, comme, pour la cathédrale d'Auxerre les fientes de pigeon. On comprend donc que le marketing d'une telle société ne soit pas facile à faire. Mais les couillus Sieurs Lopez ont plus d'un tour dans leurs sacs pour augmenter leurs profits (soit dit en passant, les brillants idéologues à l'origine de cette appellation ne vont pas déblayer la fiente de pigeon, hein, ils laissent à d'autres, c'est salissant) en faisant parler d'eux : le publisexisme.
On va donc, sur fond rose, transformer les aspirateurs en objets sexys : juste un nom et un numéro de téléphone, comme sur les petites annonces collés aux lampadaires, un fond rose bonbon pour bien marquer la féminité (suçeurs de l'Ouest, ça aurait été moins vendeur, reconnaissons-le), des "suceuses". Une nouvelle fois, les femmes sont donc sous couvert "d'humour commercial" (dixit la standardiste) utilisées pour susciter du désir et rendre le service à vendre attirant. Ainsi, la domination patriarcale et les normes de genre sont confortés : à la disposition des hôôômmes, il existe des fââââmmes, en rose, qui sucent, qui pompent, qui avalent sur commande, de façon mécanique "elles aiment ça, hein...". Et même de la fiente de pigeons, ça ne les dérange pas... Elles sont faites pour ça non ? Qui c'est qui commande ? Certainement pas les "suceuses", puisqu'il suffit d'appuyer sur un bouton pour les actionner. C'est pas avec un marketing pareil que je vais arrêter d'entendre "tu suces ?" dans la rue...



2/ Un message raciste
Sur Internet, les blogs qui relayent le "buzz" marketing de l'entreprise ne manquent pas de répandre la formidable idée du/des patrons de baptiser leurs camions Daniela, Monica, Clara... Des prénoms faisant à la fois référence à des soit-disant "salopes" (Monica Lewinsky, Clara Morganne je suppose) et à des prénoms "exotisées", cultivant l'ambiguïté avec les "filles de l'Est" des grands boulevards parisiens : ce n'est pas pour rien que "suceuses" n'est pas assortie de "de France" ou "d'Europe occidentale" ou "chrétiennes"... Et c'est d'autant plus remarquable que le véritable nom de l'entreprise est Aspiterre France, preuve que le chauvinisme ne vaut qu'associé à la plus ferme respectabilité. On pourrait aussi faire l'hypothèse que l'Ouest parisien fait référence au bois de Boulogne, connu pour être un haut lieu de prostitution étrangère, mais Superféministe préfère ne pas trop enquêter sur les motifs des couillus Sieurs Lopez.

3/ Un accueil téléphonique dégueulasse
Comme on peut s'en douter, la société rechigne à communiquer avec des féministes sur sa stratégie marketing. Deux appels outrés ont néanmoins permis d'apprendre dans un premier temps que "suceuses" ne visait pas à suggérer des pratiques de fellation mais que "c'est vous qui avez l'esprit mal tourné" et "personne ne s'est jamais plaint" (mon oeil!) car "notre nom est laissé à la libre interprétation" du passant. Libéralisme, quand tu nous tiens. Au second appel, la standardiste n'a pas transmis immédiatement au responsable (mâle) mais a reconnu "l'humour commercial". Quand on pense au nombre d'appels grivois qu'elle doit se taper au fil des journées, on se demande bien comment et pourquoi elle reste solidaire de ses employeurs, mais comme elle le dit elle-même "j'ai deux gosses à nourrir". On notera que les brillants entrepreneurs que voilà laissent le soin à une femme de filtrer les appels auxquels ils exposent leur standard avec une pareille stratégie commerciale. Après un peu d'insistance, on finit par obtenir un monsieur au téléphone, qui ne cherche pas à argumenter : "ça vous rappelle de bons souvenirs peut-être?" balance-t-il lorsque j'exprime ma colère, avant de raccrocher au motif que "je n'ai pas que ça à faire". On retrouve donc l'idée que les féministes sont des chieuses mal baisées, un grand classique.
Pour inciter messieurs Lopez à faire plus original, je vous invite à vous défouler sur leurs formulaires de contact :
http://www.aspiraterre-france.com/contact.php

Bien sûr, peut-être que cela n'aura aucune efficacité. Mais au moins, il n'y aura pas sur la toile que des articles faisant des louanges à la belle stratégie des capitalistes Lopez.


Pour plus d'infos sur l'objectivation du corps des femmes, patience... un prochain post à venir !

mercredi 11 juillet 2012

Women's Circus en tournée






Women’s Circus from Melbourne… et à Lyon !

Parmi tout ce qui nous construit socialement comme homme ou comme femme, dès la petite enfance, le rapport au corps est peut-être ce qu’il y a de plus ancré en nous parce qu’il s’imprime dans nos gestes, notre façon de nous mouvoir, notre lien avec l’espace, notre regard sur nous-mêmes, et cela sans passer forcément par la conscience. Injonctions (« tiens-toi droite »), interdits (« c’est pas un jeu pour les filles »), imitation et identification, discours parentaux et sociaux, désir d’intégration à un groupe, images médiatiques, tout concourt à ce que, des premiers jeux déjà fortement sexués aux pratiques corporelles de l’âge adulte, ce rapport au corps soit genré.

Alors, en tant que féministes, comment agir là-dessus ? Comment on fait pour « déconstruire le genre » ?

Le travail du Women’s Circus de Melbourne est une réponse originale à cette épineuse question : permettre à des femmes de tous âges, toutes morphologies, toutes origines, de réinterroger ce rapport au corps à travers la pratique du cirque.
Le Women’s Circus a été créé en 1991, et depuis lors c’est une centaine de femmes chaque année qui participent à ses ateliers autour du cirque. Leur approche est clairement féministe :
  • Un espace d’expérience collective entre femmes, où sont encouragés le partage des savoirs, l’autonomie, la créativité de chacune, sans esprit de compétition.
  • Une réflexion, à travers l’apprentissage de « numéros de cirque » et de techniques du spectacle, sur les stéréotypes sexués qui limitent nos mouvements, nos activités, notre acquisition de compétences : normes esthétiques, normes liées au poids ou à l’âge…
  • La participation à toutes les tâches d’un cirque, aussi bien artistiques que techniques.
  • La prise en compte au sein des groupes de la question des inégalités hommes/femmes et des violences vécues par les femmes.

Et comme des Toulousaines ont eu la bonne idée de créer en 2011 l’association Cirque de Femmes en Tout Genre pour faire connaître l’expérience du Women’s circus et organiser à leur tour des ateliers de cirque… et bien nous avons la chance de les voir passer à Lyon cet été ! (et le planning Familial 69 soutient cette initiative).


Alors, concrètement, qu’est-ce qui va se passer au milieu de la torpeur estivale ?
  • Le 18 juillet, des ateliers d’initiation au cirque auront lieu, avec des femmes de Lyon et alentours (réseau des associations partenaires, notamment des structures d’hébergement pour femmes)
  • Le jeudi 19 juillet : soirée ouverte à tous et à toutes, avec au programme :
A 18 H : apéro- rencontre autour de l’exposition de Rachel Sayre sur le Women’Circus
A 19 H 30 : « Bulles d’Elles », un spectacle créé par l’association Conciliabules, sur le thème « Créer, Résister, Exister ».
Et à 21 H : « Out of the Box », un spectacle de cirque contemporain, créé, réalisé et présenté par 10 femmes du Women’s circus de Melbourne, qui parle « des rêves des femmes, et de leur conquête de la liberté, de l’égalité et des droits pour toutes ».


C’est à prix libre et c’est au C.C.O. de Villeurbanne, rue Georges Courteline (Tram T1, arrêt Insa Einstein).
A découvrir donc !


Val Vandale


Pour plus d’infos :
Vidéos sur le net, « Tele-debout » http://teledebout.org/index.php?page=cirque

vendredi 6 juillet 2012

A J+14, un p'tit compte rendu de la LGBT Pride...

Souvenez-vous samedi dernier, une température de 30°C, de la musique d'un goût douteux pas toujours agréable à l'oreille, des cheveux courts, des cheveux longs, des crêtes, des piercings, des gen-te-s torse-nus, de la mousse, des flyers publicitaires... Eh oui, samedi dernier c'était la marche des fiertés à Lyon!
 
"Pas besoin de char pour lutter contre les connards"
 Superféministe, ses supers capes, ses supers amies du Planning 69 étaient bien présent-e-s avec une banderole "LGBT Partout, Visibilité nulle part, ouvrons nos placards". Nous avions aussi des pancartes pour visibiliser des pratiques bien trop souvent ignorées par les média et par notre culture française hétérocentrée, du type "La pénétration n'est pas une obligation", "Meufs Gouines Trans' libres de nos existences", "Sexe anal, acte égal", "ce samedi je suis fière, les autres jours en colère" et autres joyeusetés. Notre caddy fut très remarqué, avec ses gants en latex, ses préservatifs, ses "Tombez la culotte" et autres brochures de santé sexuelle à destination des femmes, des bisexuelles, des lesbiennes... 

Il faut bien reconnaître, modestement, car Super Féministe est l'humilité incarnée, que nos pancartes ont eu un très grand succès. On me souffle même que plusieurs butchs se sont faites prendre en photo devant, pouces en l'air et sourires brillants. Plus généralement, les organisatrices et organisateurs ont comptabilisé 17 000 participant-e-s, soit une légère augmentation par rapport à l'année dernière, autour du slogan "Santé, égalité des droits, droits des Trans' : l'égalité n'attend plus". Bien sûr, on regrette un peu qu'une manifestation politique soit autant la cible de publicitaires avides du public nombreux. Bien sûr, on trouve un peu dommage que le plus gros char ait été recouvert d'une banderole proclamant le courageux message "radio scoop". Bien sûr, on était un peu triste de voir quelques jeunes garçons très alcoolisés faire des blagues homophobes en plein milieu du cortège. Bien sûr, on trouve un peu hypocrite qu'une brochette d'élu-e-s de notre Républiqueuh, toutes et tous très officiellement marié-e-s et hétérosexuel-le-s, ouvrent le cortège...et disparaissent au premier virage ! Les marches des fiertés sont bien sûr aussi l'occasion pour les "allié-e-s" de manifester leur solidarité, mais on aurait peut-être aimé un peu moins de symbole et un peu plus de concret, car les enjeux de cette marche sont, eux, bien réels. D'autres chantiers sont à investir en dehors du mariage et de l'adoption ; l'homophobie (gayphobie, lesbophobie, biphobie) et la transphobie ne sont pas marginales mais bien un mode de fonctionnement du système social (pour preuve, les dizaines de curieux et curieuses prenant des photos de nous autres freaks lors de ce 23 juin), en matière de lutte pour de nouveaux droits : la liberté pour les trans de choisir leur genre sans procédure humiliante et pathologisante ; en matière de santé sexuelle aussi : le VIH/SIDA progresse de manière alarmante, les lesbiennes et bisexuelles continuent d'être ignorées des politiques de santé (et de la formation de la plupart des gynécologues). 

Alors non Gérard, faire coucou depuis la terrasse d'un café n'est pas suffisant. Et, sur la question de la santé sexuelle des femmes, et de toutes les femmes, la municipalité de Lyon ne s'illustre pas par son activisme, bien au contraire : la politique de répression croissante des personnes prostituées, régulièrement dénoncée par Cabiria entre autres, combinée à la récente annonce de pénalisation des clients par Mme Vallaud-Belkacem ne nous laissent pas entrevoir des jours meilleurs pour l'accès aux soins...


 

jeudi 5 juillet 2012

Oui, on peut être féministe et contre la pénalisation des clients !

Si vous n'avez pas suivi l'actualité, je vous conseille d'aller jeter un œil aux déclarations de notre nouvelle ministre des droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, à propos de l'abolition de la prostitution et de la loi de pénalisation des clients, ainsi qu'aux réactions qu'elle ont suscité... voici celle de la confédération du Planning Familial, en date du 28 juin dernier :

Le discours abolitionniste qui prévaut aujourd’hui, largement repris dans la presse, ne signifie plus l’abolition de la réglementation de la prostitution mais la suppression pure et simple de la prostitution. 
Or ce discours hautement symbolique n’apporte aucune réponse ni aux causes du système prostitueur ni aux personnes en situation de prostitution. Au contraire, et l’on ne peut purement et simplement décréter du jour au lendemain la fin de la prostitution ! 

La prostitution se développe aujourd’hui du fait des conditions d’injustices économiques croissantes, notamment l’écart croissant entre riches et pauvres, et de l’impact désastreux sur les conditions de vie des femmes, toujours en première ligne. La prostitution est l’un des aspects de cette injustice économique sur la forme exaspérée du terreau des rapports de domination du masculin sur le féminin.
Les politiques successives mises en place pour enrayer les systèmes d’exploitation sexuelle ne protègent pas les victimes voire les fragilisent un peu plus : très peu de condamnations de proxénètes, surexposition des personnes prostituées... Et si les femmes sont incitées à dénoncer leur proxénète, elles ne bénéficient pas des protections et des droits promis en échange. 

La répression par le délit de racolage passif, rétabli dans le cadre de la loi de sécurité intérieure de 2003 a fait la preuve de ses effets délétères sur les conditions de vie des personnes qu’elle est censée protéger. Leur relégation loin des centres villes, leur exposition plus grande aux violences, l’augmentation des risques de contracter des maladies infectieuses faute d’accès aux associations et aux outils de prévention ne met absolument pas en péril les réseaux de proxénétisme. 

La pénalisation des clients procède de cette même illusion. Comment peut-on imaginer régler par la répression des situations qui relèvent des conditions économiques et des rapports sociaux de sexe ? Tout au plus, parvient-on à invisibiliser le phénomène ou à le déplacer géographiquement. 
Le Planning Familial, en tant que mouvement féministe, replace la prostitution dans ce continuum de la domination masculine et à ce titre, lutte contre les violences de genre. Les alternatives qu’il propose visent, dans toute la société, à prendre en compte les rapports de domination, à lutter contre les inégalités femmes/hommes et à développer l’éducation sexualisée pour construire d’autres représentations du masculin et du féminin. 

Fidèle à son engagement de mouvement d’éducation populaire, il agit pour que la parole des personnes concernées soit prise en compte pour, avec elles, refuser la discrimination subie dans l’application des lois sur les violences sexuelles, d’agression, de voies de fait et de harcèlement. 

L’Etat doit sortir de la posture répressive qui est la sienne depuis trop longtemps pour jouer son rôle de protecteur en garantissant aux personnes en situation de prostitution, les droits sociaux communs à tous, en mettant en place des aides réelles pour celles qui veulent se sortir du système prostitutionnel. A ce jour, c’est loin d’être le cas ! 

Pour Le Planning Familial, cela n’épuise évidemment pas le travail global à mener contre ce système d’exploitation des êtres humains qu’est la prostitution pour peu que l’on sorte de l’opposition sclérosante entre abolitionnisme et réglementarisme, dans une impasse moralisante. Tout au moins ouvrons ce débat en inscrivant, comme le suggère le sociologue Lilian Mathieu, la prostitution en tant que question sociale et économique.


A noter également, l'association Cabiria et le Collectif droits et prostitution appellent à un rassemblement contre la loi de pénalisation des clients, et plus largement contre les politiques répressives actuelles vis-à-vis de la prostitutions (voir leur communiqué de presse) :

Rassemblement le vendredi 6 juillet à 14h 
Place de la Comédie, Lyon 1