mardi 17 juillet 2012

Les suceuses de l'Ouest, un humour à tomber par terre

Les Suceuses de l'Ouest ? Dans un post Superféministe? Non non pas d'excès de mojito et/ou de chicha en ces débuts de ramadan mais bien la triste réalité du patriarcat de ce doux monde capitaliste qui nous rattrape...

Voyez plutôt.

Comme dirait ma pote Lara Neutron, un bel exemple de slut shaming...

Mais après tout, pas mal d'entreprises et de publicitaires sont de fervents admirateurs de la pub sexiste (souvenez-nous de la campagne Williams il y a quelques mois, qui mettait en scène un jeune homme fraîchement rasé, pouvant reposer sa délicate joue sur une douce poitrine féminine...rôle féminin dont la tête n'était même pas cadrée, car chez Williams on a le sens des priorités). D'ailleurs, comme l'a assuré la standardiste de "Aspiterre France", formidable entreprise d'aspiration de détritus à l'origine des Suceuses de l'Ouest, aujourd'hui pour vendre le moindre bout de savon, on met des filles nues... Pourquoi donc est-ce particulièrement révoltant et pourquoi s'indigne SuperFéministe, qu'on ne saurait accuser de pudibonderie...
Petit plan en trois parties (ô toi Etudiant-e qui nous lit, pense que Superféministe t'apprend aussi la méthodologie de la dissertation...).


1/ Un message sexiste
L'entreprise en question réalise des travaux d'aspiration, c'est-à-dire que les charmants camions sus-mentionnés aspirent grâce à leurs grandes trompes (de phallopes? muahahahahahahaha qu'est-ce-qu'on-rigole) les déchets, comme, pour la cathédrale d'Auxerre les fientes de pigeon. On comprend donc que le marketing d'une telle société ne soit pas facile à faire. Mais les couillus Sieurs Lopez ont plus d'un tour dans leurs sacs pour augmenter leurs profits (soit dit en passant, les brillants idéologues à l'origine de cette appellation ne vont pas déblayer la fiente de pigeon, hein, ils laissent à d'autres, c'est salissant) en faisant parler d'eux : le publisexisme.
On va donc, sur fond rose, transformer les aspirateurs en objets sexys : juste un nom et un numéro de téléphone, comme sur les petites annonces collés aux lampadaires, un fond rose bonbon pour bien marquer la féminité (suçeurs de l'Ouest, ça aurait été moins vendeur, reconnaissons-le), des "suceuses". Une nouvelle fois, les femmes sont donc sous couvert "d'humour commercial" (dixit la standardiste) utilisées pour susciter du désir et rendre le service à vendre attirant. Ainsi, la domination patriarcale et les normes de genre sont confortés : à la disposition des hôôômmes, il existe des fââââmmes, en rose, qui sucent, qui pompent, qui avalent sur commande, de façon mécanique "elles aiment ça, hein...". Et même de la fiente de pigeons, ça ne les dérange pas... Elles sont faites pour ça non ? Qui c'est qui commande ? Certainement pas les "suceuses", puisqu'il suffit d'appuyer sur un bouton pour les actionner. C'est pas avec un marketing pareil que je vais arrêter d'entendre "tu suces ?" dans la rue...



2/ Un message raciste
Sur Internet, les blogs qui relayent le "buzz" marketing de l'entreprise ne manquent pas de répandre la formidable idée du/des patrons de baptiser leurs camions Daniela, Monica, Clara... Des prénoms faisant à la fois référence à des soit-disant "salopes" (Monica Lewinsky, Clara Morganne je suppose) et à des prénoms "exotisées", cultivant l'ambiguïté avec les "filles de l'Est" des grands boulevards parisiens : ce n'est pas pour rien que "suceuses" n'est pas assortie de "de France" ou "d'Europe occidentale" ou "chrétiennes"... Et c'est d'autant plus remarquable que le véritable nom de l'entreprise est Aspiterre France, preuve que le chauvinisme ne vaut qu'associé à la plus ferme respectabilité. On pourrait aussi faire l'hypothèse que l'Ouest parisien fait référence au bois de Boulogne, connu pour être un haut lieu de prostitution étrangère, mais Superféministe préfère ne pas trop enquêter sur les motifs des couillus Sieurs Lopez.

3/ Un accueil téléphonique dégueulasse
Comme on peut s'en douter, la société rechigne à communiquer avec des féministes sur sa stratégie marketing. Deux appels outrés ont néanmoins permis d'apprendre dans un premier temps que "suceuses" ne visait pas à suggérer des pratiques de fellation mais que "c'est vous qui avez l'esprit mal tourné" et "personne ne s'est jamais plaint" (mon oeil!) car "notre nom est laissé à la libre interprétation" du passant. Libéralisme, quand tu nous tiens. Au second appel, la standardiste n'a pas transmis immédiatement au responsable (mâle) mais a reconnu "l'humour commercial". Quand on pense au nombre d'appels grivois qu'elle doit se taper au fil des journées, on se demande bien comment et pourquoi elle reste solidaire de ses employeurs, mais comme elle le dit elle-même "j'ai deux gosses à nourrir". On notera que les brillants entrepreneurs que voilà laissent le soin à une femme de filtrer les appels auxquels ils exposent leur standard avec une pareille stratégie commerciale. Après un peu d'insistance, on finit par obtenir un monsieur au téléphone, qui ne cherche pas à argumenter : "ça vous rappelle de bons souvenirs peut-être?" balance-t-il lorsque j'exprime ma colère, avant de raccrocher au motif que "je n'ai pas que ça à faire". On retrouve donc l'idée que les féministes sont des chieuses mal baisées, un grand classique.
Pour inciter messieurs Lopez à faire plus original, je vous invite à vous défouler sur leurs formulaires de contact :
http://www.aspiraterre-france.com/contact.php

Bien sûr, peut-être que cela n'aura aucune efficacité. Mais au moins, il n'y aura pas sur la toile que des articles faisant des louanges à la belle stratégie des capitalistes Lopez.


Pour plus d'infos sur l'objectivation du corps des femmes, patience... un prochain post à venir !