jeudi 19 juillet 2012

IVG à Lyon : d’où vient le danger ?


 Illustrations : «Le parcours de l’IVG », un jeu interactif créé par le Planning Familial du Rhône.


Il y a des mots qui semblent neutres, sans aspérités, presque sympathiques, qui ne sauraient causer du tort… Il y a des mots qui sont dans l’air du temps… Il y a des mots qui cachent bien leur jeu.
« synergie », « mutualisation », « qualité », « efficacité »… sont les mots qu’utilisent à longueur de pages et de discours les responsables politiques et gestionnaires de l’organisation des soins en France. Et derrière ces mots, il y a un projet politique : la logique à l’œuvre, notamment depuis la loi HSPT (Hôpital, Santé, Patient, Territoire), c’est la tarification à l’activité et la notion d’hôpital-entreprise, une vision libérale de la santé dont les conséquences concrètes sont :
  • de multiples fermetures d’établissements de proximité (on a relayé par exemple la lutte des habitant-e-s pour le maintien des petites maternités),
  • des regroupements de structures ou de services, qui peuvent entraîner une véritable pénurie dans l’offre de soins (comme en PACA ou en région parisienne pour les IVG)
  • des personnels mis sous pression,
  • un renforcement du déséquilibre entre secteur privé et public.
Et voilà qu’à Lyon, 2 ans à peine après la bataille de l’Hôtel-Dieu (une des rares luttes qui a pu empêcher la disparition d’un centre d’IVG – peut-être un jour dans la rubrique Féministosaure), une menace de restructuration pèse sur 2 centres d’IVG : Croix-Rousse et de Lyon Sud.
A l’hôpital de la Croix-Rousse, le projet serait un éclatement du service pour organiser les hospitalisations en gynécologie.
A Lyon Sud, les IVG seraient carrément rattachées au service de chirurgie ambulatoire.

Pourquoi nous ne voulons pas de cela ??!!
  • parce qu’en éclatant les différentes étapes d’une IVG en plusieurs lieux, on rend plus complexe le parcours des femmes, qui sont confrontées à plusieurs environnements et de multiples professionnel-le-s.
  • surtout, l’expérience montre que, si le personnel qui accueille les femmes en demande d’IVG n’est pas spécifiquement formé, pas forcément volontaire, on augmente grandement le risque de maltraitance, de jugement, de culpabilisation. La qualité de l’accompagnement – dans un contexte social où l’IVG est un acte dévalorisé, encore tabou – risque de se dégrader.
  • parce que l’Histoire montre également que, quand l’IVG est noyée au milieu d’autres activités hospitalières, on risque d’aboutir à une baisse de l’offre de soins : soit que les IVG passent après les autres soins faute d’une forte volonté du personnel ou du (de la) chef de service, soit que, tout simplement, on ne considère pas les IVG comme une « urgence », alors même que la réponse à une demande d’IVG doit être rapide : limite des délais légaux, enjeu du choix de la méthode, souffrance de devoir attendre faute de place quand on a pris la décision d’avorter.
     
Pour toutes ces raisons, suite à l’alerte de plusieurs membres des équipes concernées, le Planning 69 a décidé d’appeler à une réunion du Collectif de défense de l’IVG du Rhône, en veille depuis la lutte de l’Hôtel-Dieu. Ce collectif regroupe des associations féministes, des syndicats, des organisations politiques. En font partie également des membres du personnel hospitalier, qui ont témoigné de leur inquiétude devant les projets de restructuration qui se succèdent et l’incertitude qui pèse sur leur travail (sans parler des pressions subies).
Plusieurs actions ont été décidées :
  • demander à rencontrer la direction des HCL (qui regroupe tous les hôpitaux publics lyonnais), ainsi que le maire de Lyon (qui a une responsabilité directe sur les hôpitaux), pour exprimer notre souhait de centres d’IVG autonomes, avec un personnel formé, dédié, pluridisciplinaire et volontaire.
  • Interpeller les élu-e-s sur cette question (élu-e-s locaux, ministres concernés)
  • Sensibiliser la population : dans un premier temps répondre à une proposition de Rue89 Lyon qui veut faire un article sur l’IVG à Lyon ; puis faire un communiqué de presse, et envisager d’autres modes d’action

Le jour même de cette première réunion, nous apprenions que le projet de Lyon Sud était « ajourné ». Des oreilles bien placées nous ont informé-e-s que le « remue-ménage » des associations ne serait pas étranger à cette décision. Ce qui montre bien que notre vigilance est capitale.

Alors, même en tongs et bermudas, restons mobilisé-e-s !


Antoinette FonK