vendredi 2 mars 2012

"Le bonheur des bêtisiers"














Je sais pas ce qu’il m’a pris l’autre jour, mais j’ai regardé les infos à la télé. Mort d’une chanteuse : hommages, images de concerts, gros plans sur sa vie perso : enfance religieuse, enfer de la drogue, son mec qui la frappe, classique quoi. Et puis au milieu de tout ça, un extrait vidéo bien franchouillard, « une séquence qui a souvent fait le bonheur des bêtisiers » : sur le plateau d’une émission de Drucker, Gainsbourg dans une de ses prestations misogynes habituelles, « I want to fuck her », dit-il devant Withney Houston, avec l’animateur qui ricane et minimise les propos, la chanteuse qui prend un air outré mais finalement garde le sourire… 
Et moi ça m’énerve ! Qu’à la mort d’une femme on choisisse de diffuser les images d’une humiliation sexiste publique… et au-delà de cette situation précise, par tout ce que ça révèle…
D’abord une tolérance bienveillante pour les injures sexistes les plus primaires, la « grivoiserie » à la française : ça fait rire (best of des bêtisiers depuis des années) qu’un gros con (mais un gros con bien à nous, même que c’est un génie alors bon…) dise, même pas « j’te baiserais bien » mais « je veux la baiser » (le sujet disparaissant une 2ème fois), à une femme devant des millions de téléspectateurs. Pouvoir rabaisser une femme (de surcroît une artiste mondialement connue) en l’assignant à une place d’objet sexuel, est-ce que ça ne rejoint pas le vieux fantasme de plein de beaufs devant leur écran ? N’est-ce pas le ressort de base de la plupart des « comiques » français et des commentateurs divers quand il s’agit de dénigrer des femmes, politiques ou autres ?     
Avec ici le cas particulier de « la légende Gainsbourg » : « RRHHHOO quand même… quel rebelle ce gars-là ! ». La figure de l’artiste intouchable : on est de nouveau face à ce mécanisme de classe qui se conjugue au sexisme pour dire «les hommes de pouvoir ne sauraient être traités comme le commun des mortels quand il s’agit du corps des femmes » : voir les affaires Polanski (OK, elle avait 13 ans, mais on ne va quand même pas mettre en taule un grand cinéaste !), et DSK (Pourquoi un homme de ce rang aurait besoin de se commettre avec une femme de chambre ?)… 
Devant la réaction de la chanteuse (une gêne masquée par le rire), j’ai pensé aussi à tout ce qui dans l’éducation des filles incite à la politesse, la bienséance, à réprimer son agressivité : ce qui fait que souvent face au dragueur lourd on sourit en attendant que ça passe, ou qu’on passe pour une vraie chieuse si on décline fermement la « proposition »…
Et enfin je me suis rappelée que, face à ce même Gainsbourg, une femme avait réagi : Catherine Ringer, insultée parce qu’elle avait tourné dans des films pornos (parce qu’un chanteur de variété français mâle peut parler de cul et utiliser ses femmes/égéries comme des objets sexuels, mais quand une femme fait dans le « sexuellement explicite », ben là non, c’est une salope !), n’était pas restée dans la position de respect de l’idole et lui avait renvoyé du « gros dégueulasse » dans les dents… On devrait voir ça plus souvent !
Bref faut que j’arrête la télé… ou que je continue dans le féminisme !
  Val Vandale